L’Algérie accélère la concrétisation du Gazoduc Transsaharien (TSGP), un projet d’infrastructure majeur visant à acheminer le gaz nigérian vers l’Europe à travers le Sahel.
Avec le début de la visite de travail de Mohamed Arkab, ministre d’État, ministre de l’Énergie et des Mines, au Niger les 21 et 22 septembre 2026, les discussions dépassent désormais le stade de la concertation politique pour entrer dans une phase d’exécution technique.
Accompagné de Noureddine Daoudi, PDG de Sonatrach, le ministre algérien déploie une stratégie qui place Hassi R’Mel au centre du nouveau corridor gazier africain, tout en consolidant la présence de l’expertise algérienne sur les marchés sahéliens.
Le TSGP : Un mégaprojet aux chiffres vertigineux
Le projet TSGP (Trans-Saharan Gas Pipeline) représente une artère énergétique vitale appelée à transformer l’exploitation des hydrocarbures en Afrique de l’Ouest. Initié politiquement en 2009 et relancé par un mémorandum d’entente en juillet 2022, le projet est entré dans une nouvelle dynamique opérationnelle.
Les caractéristiques techniques et économiques du gazoduc illustrent son ampleur :
- Capacité de transport cible : 30 milliards de mètres cubes de gaz par an.
- Longueur totale : 4 128 kilomètres, reliant le sud du Nigeria au centre de distribution de Hassi R’Mel en Algérie, via le Niger.
- Coût estimé : 13 milliards de dollars (en cours de réévaluation suite aux accords de février 2025 pour ajuster le calendrier et les options techniques).
- Base de production : Les réserves prouvées du Nigeria, estimées à 210,54 billions de pieds cubes début 2025.
Depuis juin 2026, l’Algérie a officiellement lancé les travaux sur le tronçon situé sur son territoire. L’enjeu de la mission actuelle au Niger est de synchroniser cette avancée avec le développement du tronçon nigérien, garantissant ainsi l’uniformisation des spécifications techniques, des systèmes de mesure et des protocoles de sécurité entre les trois nations impliquées.
L’avantage structurel de l’Algérie fait la différence
La force de la position algérienne dans le projet TSGP réside dans son infrastructure existante. Une fois le gaz arrivé à Hassi R’Mel, l’Algérie n’a pas besoin de construire un nouveau système d’exportation. Les flux seront directement injectés dans le réseau national de gazoducs transméditerranéens (vers l’Italie et l’Espagne) et vers les complexes de liquéfaction (GNL) de Skikda et d’Arzew.
Cette configuration réduit drastiquement les coûts d’infrastructure additionnels et offre au gaz nigérian des débouchés immédiats et multiples. Pour l’Europe, en quête perpétuelle de diversification de ses sources d’approvisionnement, ce corridor est stratégique.
Au premier trimestre 2026, l’Algérie a fourni 18,5 % des importations de gaz par gazoduc de l’Union européenne, se positionnant en deuxième place derrière la Norvège (54,4 %) et devant la Russie (9,8 %). L’intégration des flux ouest-africains consolide le rôle de l’Algérie non plus comme simple exportateur, mais comme un pôle régional de collecte, de traitement et de redistribution énergétique.
De la diplomatie à l’exécution : Sécurisation et bancabilité du TSGP
Si la capacité nominale est fixée à 30 milliards de mètres cubes, le volume réel injecté vers l’Europe dépendra de plusieurs variables : la demande locale des trois pays, les droits de transit, et surtout la capacité à protéger une infrastructure de plus de 4 000 kilomètres traversant le désert saharien.
La viabilité financière du TSGP repose sur la transition d’un accord politique vers un cadre commercial rigoureux. Les institutions financières exigent une visibilité stable sur les flux de trésorerie futurs.
Cela implique la finalisation des structures de propriété, des clés de répartition des coûts et des revenus, des tarifs de transport, ainsi que la signature de contrats d’achat contraignants à long terme. La mise à jour de l’étude de faisabilité, confiée au bureau d’ingénierie Penspen, doit précisément répondre à ces impératifs de bancabilité.
Au-delà du gaz : L’expertise de Sonatrach pèse lourd !
La mission algérienne à Niamey ne se limite pas au TSGP. La présence du PDG de Sonatrach souligne la volonté d’Alger de monétiser son savoir-faire industriel en Afrique. Au cœur des discussions figure la maintenance majeure de la raffinerie de Zinder (capacité de 20 000 barils par jour), une infrastructure cruciale pour l’indépendance du Niger en matière d’essence et de diesel.
En exportant ses services d’ingénierie, de maintenance et de formation pétrochimique, Sonatrach transforme sa relation avec le Niger. Il ne s’agit plus seulement d’un partenariat autour d’un gazoduc de transit, mais de la construction d’une plateforme économique durable au Sahel. Alors que le Niger projette la construction d’un complexe pétrochimique géant à Dosso (100 000 barils par jour pour 1,9 milliard de dollars), le positionnement actuel des entreprises de services algériennes leur ouvre les portes d’un marché régional en pleine mutation.
Le gazoduc transsaharien dépasse la simple logique d’exportation vers le nord. En soutenant le développement de centrales électriques, d’unités de production d’engrais et de pétrochimie le long de son tracé, cette infrastructure crée un écosystème industriel intégré. L’Algérie, en alliant le transport gazier à l’expertise de raffinage, s’affirme définitivement comme le moteur de cette intégration économique continentale.
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