Alors que le président Abdelmadjid Tebboune multiplie les gestes d’ouverture envers la diaspora et l’opposition, le parti politique Jil Jadid pointe du doigt un fossé grandissant entre les discours officiels et les restrictions des libertés sur le terrain.
Arrestations de journalistes, entraves administratives et judiciarisation de la vie politique : retour sur la mise en garde du Dr Lakhdar Amekrane.
Un appel au retour des opposants salué, mais jugé contradictoire
L’initiative présidentielle invitant les Algériens résidant à l’étranger — y compris les figures de l’opposition — à réintégrer le débat national avait suscité un élan d’espoir. Pour la formation politique Jil Jadid, cet appel traduisait une prise de conscience essentielle : l’Algérie ne peut se passer de la diversité de ses compétences pour bâtir un projet national solide.
Cependant, selon le président de Jil Jadid, le Dr Lakhdar Amekrane, le message d’apaisement du pouvoir s’effrite face aux réalités sécuritaires et judiciaires quotidiennes. La persistance de pratiques répressives envoie un signal contradictoire aussi bien à la communauté nationale qu’à la diaspora.
« Aucun projet national ne peut réussir sans une relation de confiance solide entre l’État et les citoyens. La confiance se construit par la cohérence entre les paroles et les actes. » — Dr Lakhdar Amekrane, Président de Jil Jadid.
Liberté d’expression en Algérie : Les 4 points de fracture dénoncés par Jil Jadid
Afin d’illustrer ce décalage entre le discours d’ouverture et les faits, la direction de Jil Jadid met en lumière quatre problématiques majeures qui pèsent sur le climat politique et social :
1. La cyber-autocensure et la criminalisation du débat en ligne
L’espace numérique, autrefois terrain de discussion libre, est désormais marqué par une crainte généralisée. Une simple publication ou un commentaire critique envers l’action gouvernementale peut entraîner des poursuites pénales, poussant les citoyens et militants à une autocensure quasi automatique.
2. Le placement en détention sans procès
La détention provisoire prolongée de professionnels des médias, à l’image du journaliste Mourad Aït Mammeri, illustre la précarité croissante dans laquelle s’exerce le métier d’informer en Algérie.
3. Les restrictions administratives de circulation (ISTN)
Le recours aux Interdictions de Sortie du Territoire National (ISTN) est vivement contesté pour son manque de clarté juridique. L’empêchement ciblant l’écrivain et journaliste Mustapha Benfodil, privé de participation au Festival d’Avignon, soulève d’importantes interrogations sur le respect du droit fondamental de circuler.
4. La pression judiciaire permanente sur les acteurs politiques
La confirmation récente de la condamnation du militant Fethi Ghares témoigne, selon le parti, d’une volonté continue de traiter les divergences d’opinion par la voie judiciaire plutôt que par le débat démocratique.
Mettre fin au régime d’exception pour consolider l’État de droit
Pour Jil Jadid, la force d’un État ne se mesure pas à sa capacité à restreindre la critique, mais à sa faculté à garantir la liberté d’expression comme pilier de stabilité. Le parti appelle instamment à un retour au droit commun et à l’abandon des mesures d’exception qui sapent la confiance populaire.
Les libertés d’action politique, de création culturelle et de presse ne doivent plus être perçues comme des concessions étatiques, mais bien comme des fondements constitutionnels.
Pour que l’appel aux opposants à l’étranger devienne une réalité crédible, l’Algérie doit offrir des garanties concrètes : une justice indépendante, l’arrêt des poursuites pour délit d’opinion et la fin des entraves administratives. C’est à ce prix, conclut Lakhdar Amekrane, que pourra se bâtir une République forte, inclusive et sereine.
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