Depuis la ville de Kherrata, symbole douloureux des massacres coloniaux de mai 1945, le Premier Secrétaire du Front des Forces Socialistes (FFS), Youcef Aouchiche, a lancé ce samedi 9 mai 2026, un appel solennel à la jeunesse algérienne : s’engager politiquement et participer massivement aux élections législatives du 2 juillet 2026.
Ainsi, devant une assistance recueillie, Aouchiche a rendu hommage aux 45 000 martyrs des massacres du 8 mai 1945 — un crime colonial perpétré alors même que des milliers d’Algériens célébraient pacifiquement la défaite du nazisme, auquel ils avaient eux-mêmes contribué sur les champs de bataille européens.
Parmi eux, Bouzid Chaâl, 26 ans, premier martyr tombé en brandissant le drapeau algérien à Sétif. Un symbole que le leader du FFS a tenu à honorer personnellement en se rendant à son monument commémoratif.
Du 8 mai 1945 au 1er novembre 1954 : la violence coloniale comme détonateur
Citant Hocine Aït Ahmed, figure fondatrice du FFS, Aouchiche a rappelé que la férocité des massacres — qui se sont poursuivis pendant plus d’un mois en toute impunité — a convaincu toute une génération que l’indépendance ne pourrait jamais être obtenue pacifiquement. « Hocine Aït Ahmed disait, à raison, que « le 1er novembre 1954 a commencé le 8 mai 1945″. L’ampleur de la violence coloniale a ouvert les yeux d’une génération entière ».
C’est cette prise de conscience collective qui a préparé le déclenchement de la guerre de libération nationale le 1er novembre 1954. « C’est pourquoi nous sommes ici, non seulement pour rendre hommage à nos millions de martyrs, tombés au champ d’honneur entre 1830 et 1962, mais aussi pour transmettre leur message ; non seulement pour rappeler l’horreur du crime colonial, mais pour affirmer que la mémoire est une force vivante, une boussole politique et morale », a-t-il affirmé.
La harga comme symptôme d’un contrat social brisé
Sans détour, le secrétaire national du FFS a abordé la réalité de la jeunesse algérienne d’aujourd’hui — dont l’âge médian est d’environ 28 ans. Désespoir, sentiment de marginalisation, tentation de l’exil et de la harga : autant de symptômes que le leader du FFS attribue non pas à une fatalité, mais à des choix politiques et économiques qui peuvent être corrigés. « La harga n’est pas une fatalité. L’exil contraint n’est pas un destin naturel », a-t-il affirmé, appelant à reconstruire le contrat social sur des bases démocratiques, justes et solidaires. « L’Algérie n’est pas condamnée. Notre pays n’est pas condamné au statu quo. Il n’est pas condamné à l’immobilisme. Il n’est pas condamné à voir sa jeunesse choisir entre la résignation, l’exil ou la fuite vers l’inconnu. La harga n’est pas une fatalité. L’exil contraint n’est pas un destin naturel », dira Youcef Aouchiche.
« Le vide politique ne profite jamais au peuple !»
Face à une abstention qui s’est érigée en réflexe politique pour une partie de la population, Aouchiche a défendu une position claire : participer ne signifie pas cautionner, voter est un acte de conscience citoyenne. Le FFS, qui avait boycotté plusieurs scrutins par le passé, appelle cette fois à transformer le mécontentement en force politique organisée — ce que le Hirak populaire de 2019, malgré son ampleur historique, n’avait pas réussi à concrétiser électoralement. « Le vide politique ne profite jamais au peuple », a-t-il averti, appelant à une Assemblée populaire nationale plus représentative et plus capable de contrôler l’action gouvernementale.
Mémoire et démocratie : même combat
En conclusion, Youcef Aouchiche a tracé une ligne directe entre la mémoire du 8 mai 1945 et l’exigence démocratique d’aujourd’hui. Honorer les martyrs, c’est construire un État de droit, garantir la justice sociale, défendre les libertés et ouvrir les portes du pouvoir à la jeunesse. « Nous devons faire de notre mémoire un levier d’avenir », a-t-il conclu, appelant les Algériens à être dignes de Kherrata, de Sétif et de Guelma le 2 juillet prochain.
