Dans cette contribution, le président de la formation politique Jil Jadid, le Dr Lakhdar Amokrane, revient sur l’événement phare de cette journée : la commémoration du 80e anniversaire des massacres du 8 mai 1945.
Au-delà de l’aspect mémoriel et commémoratif, le leader de Jil Jadid, pose une réflexion sur le communiqué du Palais de l’Élysée dans lequel Paris assume une « une vérité de l’histoire » à regarder « en face », maisaussi annonçant le retour de l’ambassadeur de France en Algérie, Stéphane Romatet.
Je prends connaissance avec une attention particulière du communiqué publié par la Présidence de la République française à l’occasion de la visite en Algérie de la ministre déléguée auprès du ministre des Armées et des Anciens combattants, en cette date hautement symbolique du 8 Mai, marquant la commémoration des massacres de 1945 perpétrés par le colonialisme français contre le peuple algérien.
L’annonce faite aujourd’hui par le Palais de l’Élysée du retour de l’ambassadeur de France, M. Stéphane Romatet, confère également à cette séquence une portée politique et symbolique qu’il convient d’analyser avec lucidité et responsabilité.
Le 8 Mai 1945 n’est pas une simple date du calendrier mémoriel algérien. Il constitue l’un des épisodes les plus tragiques et les plus douloureux de notre histoire nationale. À Sétif, Guelma, Kherrata et dans plusieurs autres régions du pays, des milliers d’Algériennes et d’Algériens furent massacrés pour avoir revendiqué pacifiquement leur droit fondamental à la liberté, à la dignité et à l’émancipation nationale.
Si le communiqué officiel français évoque des « événements tragiques » et reconnaît la nécessité d’aborder cette page de l’histoire, il révèle, une nouvelle fois, les limites persistantes de l’approche officielle française concernant la question mémorielle. Une approche qui demeure marquée par une reconnaissance partielle, symbolique et prudente, sans aller jusqu’à une reconnaissance politique, historique et morale pleine et entière des crimes coloniaux commis en Algérie.
Le vocabulaire employé dans ce communiqué met davantage l’accent sur la volonté de bâtir une « relation de confiance », un « avenir commun » et un « partenariat renforcé » que sur l’exigence de vérité historique et de justice mémorielle attendue par le peuple algérien depuis des décennies.
Or, aucune relation équilibrée, saine et durable entre l’Algérie et la France ne peut se construire sur l’évitement de la mémoire ou sur sa réduction à des gestes protocolaires et diplomatiques circonstanciels. La réconciliation véritable entre les peuples exige d’abord un acte de courage politique fondé sur la reconnaissance explicite des responsabilités historiques de l’État colonial français dans les massacres, les répressions et les violations commises durant la période coloniale.
La mémoire collective du peuple algérien ne peut davantage demeurer tributaire des équilibres politiques internes français ou des considérations électorales conjoncturelles.
L’histoire ne se traite ni dans l’ambiguïté ni dans le calcul politique, mais dans la clarté, la vérité, la justice et le respect mutuel entre les nations.
Pour autant, défendre la mémoire nationale ne signifie nullement s’opposer à la construction de relations de coopération et d’intérêts mutuels entre l’Algérie et la France. Bien au contraire, des relations apaisées et constructives ne peuvent émerger que sur la base de l’égalité souveraine, du respect réciproque et de la reconnaissance sincère des vérités historiques.
Les massacres du 8 Mai 1945 ne relèvent pas uniquement du passé ; ils constituent un fondement majeur de la conscience nationale algérienne et rappellent au monde que l’indépendance, la souveraineté et la liberté de l’Algérie furent conquises au prix d’immenses sacrifices humains.
De ce fait, toute réconciliation historique authentique demeure indissociable d’une mémoire assumée, d’une reconnaissance claire des responsabilités et d’un respect profond de la souffrance vécue par le peuple algérien durant la colonisation.
Dr Lakhdar Amokrane
Président du parti Jil Jadid
