Un paradoxe algérien : 22 millions de cartes en circulation, mais des TPE délaissés
Le constat est frappant. Lors de la conférence nationale organisée par le Conseil national économique, social et environnemental (CNESE) à l’École nationale d’administration (ENA), les chiffres révélés ont de quoi surprendre.
Alors que l’Algérie dispose d’un parc impressionnant de plus de 22 millions de cartes de paiement en circulation — soit une couverture de 60 à 70% de la population adulte —, le taux d’équipement des commerces reste paradoxalement bas.
Selon le dernier bilan de la Société d’automatisation des transactions interbancaires et de monétique (SATIM), présenté par son Directeur Général Madjid Messaoudene, seuls 120 000 commerçants disposent actuellement d’un Terminal de paiement électronique (TPE).
Ce chiffre représente à peine 6% des 2 millions d’établissements commerciaux éligibles à travers le pays. Pire encore, tous les terminaux distribués ne sont pas activement connectés ou utilisés au quotidien par les professionnels.
L’argument de la pénurie de matériel n’est plus valable
Pendant longtemps, le manque d’équipements et les lenteurs d’importation ont été brandis pour justifier le retard dans la généralisation du paiement sans cash. Aujourd’hui, cet argument est totalement caduc.
- Production locale : Des entreprises nationales, à l’instar de l’ENIE, fabriquent désormais les terminaux directement sur place.
- Stocks disponibles : L’usine de Sidi Bel-Abbès dispose à elle seule d’un stock impressionnant de près de 400 000 terminaux prêts à être déployés.
- Infrastructures solides : Le réseau bancaire algérien (qui compte une vingtaine d’établissements actifs) repose sur des standards internationaux rigoureux en matière de sécurité, de viabilité et de confiance numérique.
Pourquoi la résistance persiste chez les commerçants ?
Si l’infrastructure technique existe et que les puces et cartes abreuvent le marché, pourquoi les commerçants restent-ils réfractaires ? Le problème ne relève plus de la technologie, mais d’une résistance comportementale et psychologique ancrée sur le terrain.
- La culture du cash : L’économie informelle et l’attachement aux liquidités continuent de freiner l’adoption formelle des nouveaux modes de encaissement.
- La peur de la complexité : De nombreux commerçants perçoivent encore les solutions technologiques comme lourdes, opaques ou génératrices de tracasseries fiscales.
- Le manque de sensibilisation : Le défi réside désormais dans la pédagogie. Il s’agit de démontrer aux professionnels que l’usage du TPE et du paiement mobile (via QR code ou NFC) sécurise leurs transactions et dynamise directement leur chiffre d’affaires, au lieu de le pénaliser.
Une transition numérique rattrapable et en marche
Malgré ces résistances persistantes, l’optimisme est de mise. L’économiste et conseiller scientifique auprès de la COSOB, Nazim Sini, rappelle qu’il faut généralement deux décennies pour bâtir un écosystème de paiement électronique mature. L’Algérie, bien qu’ayant accusé un léger retard dû à des hésitations stratégiques passées, est pleinement relancée.
D’ailleurs, les signaux d’encouragement ne manquent pas : la moyenne des montants payés par TPE a été multipliée par trois entre 2022 et 2026, preuve irréfutable que la confiance du consommateur grandit.
Pour transformer l’essai, les experts misent sur l’élargissement d’un catalogue de solutions plus simples (paiement mobile, applications sur smartphone) et sur le renforcement du rôle du Comité national des paiements (CNP). L’objectif ultime ? Harmoniser la régulation et lever les derniers blocages psychologiques pour faire entrer définitivement le commerce de proximé dans l’ère du 2.0.
L’écosystème financier algérien est fin prêt, doté d’une production locale de TPE et de millions de cartes actives. Le véritable combat se situe désormais dans l’accompagnement et la sensibilisation des commerçants récalcitrants pour lever les barrières culturelles au paiement électronique.
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