Face au fléau des accidents de la circulation impliquant les véhicules de gros tonnage et les bus de transport de voyageurs, l’Algérie change de stratégie.
Fini le temps des simples constats post-drame ou des contrôles visuels dépassés : l’État passe à l’offensive proproactive. Sous l’impulsion du ministère de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports, l’activation imminente du tachygraphe s’impose désormais comme le pivot central d’une nouvelle ère de tolérance zéro.
Un tournant technologique salué par les professionnels du secteur, à l’image de l’Association nationale des moniteurs professionnels de conduite (ANMPC), qui voit en ce dispositif une opportunité historique de faire passer le contrôle routier de la simple sanction rétrospective à la prévention intelligente.
Du texte d’application au terrain : la fin de l’impunité
L’arsenal juridique existait déjà, soutenu notamment par l’article 85 de la loi 26-09 relative au Code de la route et l’article 49 de l’ordonnance 09-03. La présidente de l’ANMPC, Nabila Farhat, le rappelle avec certitude : le problème n’a jamais été l’absence de lois, mais leur mise en œuvre effective.
L’heure est désormais à la concrétisation technique et logistique. Véritable « boîte noire » du véhicule, le tachygraphe enregistre en temps réel non seulement la vitesse, mais aussi — et surtout — le temps de conduite, les pauses et les temps de repos obligatoires. Dans le transport professionnel, où la fatigue, les cadences infernales et le manque de sommeil transforment des mastodontes de plusieurs tonnes en véritables bombes à retardement, cet outil devient un bouclier vital pour les usagers comme pour les chauffeurs eux-mêmes.
Limitations de vitesse par catégorie : ce que change le tachygraphe
La surveillance ne se limitera pas à un chiffre théorique unique, mais s’adaptera strictement au profil de chaque véhicule et à la nature des axes routiers :
- Transport de voyageurs (plus de 9 sièges) : Plafonné à 100 km/h sur autoroute, 80 km/h hors agglomération et 40 km/h en ville.
- Transport de marchandises (3,5 à 19 tonnes) : Limité à 90 km/h sur autoroute, 80 km/h hors agglomération et 40 km/h en ville.
- Poids lourds (plus de 19 tonnes) : Limité à 80 km/h sur autoroute, 70 km/h hors agglomération et 40 km/h en ville.
- Matières dangereuses : Régime de haute sécurité fixe à 70 km/h sur autoroute, 60 km/h hors agglomération et 30 km/h en ville, avec abaissements obligatoires en cas d’intempéries.
Vers un contrôle intelligent fondé sur la donnée
La véritable valeur ajoutée du tachygraphe réside dans l’exploitation des données collectées. En analysant l’historique de conduite, les services de sécurité pourront identifier les profils à risque, repérer les excès répétés et sanctionner la surconduite.
Cette transition de la « contravention instantanée » vers « l’analyse comportementale » remet également la responsabilité aux mains des entreprises de transport, qui ne pourront plus pousser leurs employés au-delà des limites humaines raisonnables.
Cependant, comme le souligne l’ANMPC, le tachygraphe ne constitue pas une baguette magique isolée. Il s’inscrit au cœur d’une chaîne globale de sécurité routière intégrant l’état mécanique des véhicules (freinage, pneumatiques), le contrôle des surcharges, la qualité des infrastructures et l’intransigeance des barrages de contrôle.
L’Algérie dispose désormais du cadre et de la technologie : le succès de cette arme anti-chauffards dépendra de sa rigueur d’application sur le réseau routier national.
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