La relation commerciale entre Washington et Alger traverse une zone de turbulences marquée par le protectionnisme américain.
Le département américain du Commerce a asséné un coup sévère aux exportations de la filière en imposant des droits compensateurs massifs de 73,33 % sur des produits sidérurgiques algériens ciblés.
Cette décision drastique, formalisée le 14 septembre 2026 et officiellement annoncée le lendemain, met en lumière les tensions réglementaires et le manque de coopération administrative qui pénalisent l’accès des entreprises nationales au marché nord-américain.
Une taxe de 73,33 % : quel est le périmètre des sanctions ?
Le couperet fiscal ne touche pas l’intégralité de la production métallurgique algérienne, mais cible des segments très précis. Sont concernés :
- Les produits ciblés : Les barres en acier au carbone et en alliage d’acier laminées à chaud, de section quasi circulaire et d’un diamètre inférieur à 19 millimètres.
- Les entreprises pénalisées : La société « Algerian Qatar Steel » (AQS) écope directement de ce taux record. Le même pourcentage s’applique automatiquement à l’ensemble des autres producteurs et exportateurs algériens qui n’ont pas fait l’objet d’un examen individuel.
- Le mécanisme financier : Le taux est calculé proportionnellement à la valeur de la marchandise. Concrètement, chaque cargaison importée aux États-Unis verra sa valeur grevée d’un dépôt en espèces immédiat de 73,33 % exigé par les douanes américaines (Customs and Border Protection).
Le piège de la non-coopération : pourquoi Washington sévit
Si un tel niveau de taxation a été retenu, c’est avant tout en raison d’un défaut de participation lors de l’enquête menée par l’administration américaine.
Couvrant l’exercice du 1er janvier au 31 décembre 2025, l’investigation ciblait initialement Algerian Qatar Steel comme unique répondant désigné. Face à l’absence de participation de l’entreprise aux procédures, le département du Commerce a fait application de sa méthodologie stricte : le calcul des subventions s’est fondé sur les « faits disponibles assortis de conclusions défavorables ».
Faute de contre-arguments ou de données fournies par les parties algériennes lors de la période d’observation ouverte après les résultats préliminaires de juillet 2026, Washington a entériné ses sanctions sans modifications. Les autorités douanières maintiennent ainsi la suspension de la liquidation des stocks, verrouillant l’entrée des barres d’acier algériennes sur le marché américain.
Une escalade protectionniste après le fer à béton
Ce nouveau coup dur s’inscrit dans une tendance de fond très rigoureuse menée par les régulateurs américains face à la sidérurgie algérienne.
En mars 2026 déjà, un verdict similaire avait frappé les importations de fer à béton, lourdement taxées à hauteur de 72,94 %. Cette première mesure avait particulièrement visé le géant Tosyali Iron and Steel Industry – Algeria, implanté à Oran.
Pour les exportateurs algériens, l’addition de ces barrières douanières, conjuguée à l’obligation de verser des garanties financières colossales, réduit considérablement leur compétitivité prix outre-Atlantique. Les producteurs locaux se retrouvent ainsi confrontés à une double peine : l’exclusion de fait du marché américain et la fermeture des marges bénéficiaires pour les acteurs non individualisés.
Un paradoxe diplomatique et économique
L’application de ces taxes anti-subventions intervient dans un paradoxe géopolitique saisissant. Sur le plan institutionnel, le représentant au Commerce des États-Unis a estimé que l’Algérie ne figurait pas parmi les « pays de l’accord sur les subventions », s’affranchissant ainsi de l’étape classique d’évaluation du préjudice matériel par l’USITC.
Pourtant, cette crispation commerciale contraste avec la dynamique de coopération bilatérale affichée par les diplomaties des deux pays. Quelques jours avant l’officialisation de ces sanctions, le conseiller principal américain pour le Moyen-Orient et l’Afrique, Massad Boulos, s’est rendu à Alger pour rencontrer le président Abdelmadjid Tebboune, le Premier ministre Seifi Gharib et le chef de la diplomatie Ahmed عطاف (Attaf).
Les discussions avaient officiellement mis en avant la vitalité des échanges, rappelant que le volume global du commerce de biens entre Alger et Washington s’élevait à 3,5 milliards de dollars en 2025 (porté par 2,2 milliards de dollars d’importations américaines en provenance d’Algérie, principalement dans le secteur énergétique).
L’Algérie en quête de nouvelles débouchées
Si l’énergie, l’agriculture et les technologies restent des piliers d’un partenariat global encouragé par l’accord-cadre TIFA, la filière sidérurgique fait les frais d’une politique commerciale américaine intraitable dès lors que les mécanismes de défense commerciale se mettent en marche.
À moins d’un revirement juridique ou d’un dialogue approfondi sur les règles du commerce international, la filière de l’acier algérien devra réorienter ses flux logistiques vers d’autres marchés mondiaux, l’accès au marché américain s’avérant désormais lourdement compromis par ces barrières tarifaires dissuasives.
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