Discret mais ambitieux, le secteur textile algérien est en pleine mutation. Selon le dernier rapport AgroInsight publié par le Brésil, l’Algérie s’impose désormais comme le premier marché d’exportation du coton brésilien.
Entre dépendance temporaire aux importations et volonté de réinventer sa production locale, retour sur un virage stratégique majeur.
Un marché en forte croissance tiré par la demande intérieure
L’industrie textile algérienne connaît une dynamique inédite. Pour faire tourner ses usines de filature, de tissage et de confection, le pays consomme chaque année entre 40 000 et 45 000 tonnes de fibre de coton.
Selon le rapport AgroInsight (V.3 2026) — élaboré par le ministère brésilien de l’Agriculture et le Secrétariat au Commerce et aux Relations internationales (SCRI) —, cette demande progresse de 2 % par an en moyenne depuis 1997. Une hausse continue portée par des besoins variés :
- L’habillement et la mode ;
- Le linge de maison ;
- Les textiles médicaux et articles d’hygiène.
Le Brésil s’impose comme le leader du coton brut en Algérie
Face à cette demande constante, le paysage des approvisionnements algériens s’est profondément réorganisé. Le Brésil a décroché la première place des fournisseurs de coton brut en Algérie, détrônant des partenaires traditionnels comme la Turquie ou la Grèce.
Répartition des importations de coton brut en Algérie :
| Pays fournisseur | Part de marché (%) | Volume (tonnes) | Valeur (USD) |
|---|---|---|---|
| Brésil | 41,0 % | 4 996 t | 9,13 M$ |
| Turquie | 26,4 % | – | – |
| Grèce | 26,2 % | – | – |
| États-Unis | 6,1 % | – | – |
Grâce à des prix compétitifs et une qualité constante, la fibre brésilienne s’est imposée au détriment des acteurs historiquement installés sur le marché national.
Souveraineté industrielle : Le pari de la renaissance de la filière locale
Si l’Algérie s’appuie aujourd’hui sur les importations pour répondre aux besoins immédiats de ses industriels, les autorités visent à terme l’autosuffisance. Le pays prépare activement le retour d’une culture cotonnière nationale, s’appuyant sur son savoir-faire historique développé autrefois à M’Sila ou Laghouat.
Le projet phare : La relance du complexe agro-industriel d’Agrodiv. Mené en partenariat avec le groupe espagnol LS Alcántara System, ce plan de modernisation prévoit :
- Une surface initiale de 5 000 hectares, avec une extension ciblée à 20 000 hectares ;
- La réhabilitation des infrastructures et la formation des équipes aux méthodes durables ;
- L’approvisionnement direct des unités industrielles locales, notamment le géant algéro-turc de Relizane.
À moyen terme, le développement de cette production locale devrait permettre de réduire la facture des importations tout en protégeant l’économie nationale de la volatilité des cours mondiaux et des aléas climatiques.
Importation de coton : Un cadre réglementaire et fiscal rigoureux
Pour les opérateurs internationaux souhaitant commercer avec l’Algérie, l’accès au marché reste encadré par des règles douanières et fiscales strictes.
- Fiscalité à l’importation : Droit de douane de 30 % (valeur CIF), TVA à 19 %, Taxe de consommation spéciale (3 %) et Contribution de solidarité (2 %).
- Conformité exigée : Présentation obligatoire du certificat d’origine, de la déclaration en douane, du certificat de conformité fiscale et, si nécessaire, d’un certificat phytosanitaire garantissant l’absence de résidus ou de parasites.
L’Algérie, futur hub textile régional ?
L’attractivité du pays se confirme également sur le plan évènementiel. Des rendez-vous professionnels majeurs comme TexStyle Expo, Alger Textile ou le salon MadeinDZ continuent de catalyser le transfert de technologies et les investissements étrangers.
En combinant approvisionnements internationaux ultra-compétitifs et reconstruction d’une filière agricole locale, l’Algérie pose les bases d’une industrie textile intégrée, à forte valeur ajoutée, prête à rayonner à l’échelle régionale.
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