Malgré trois arrêtés du wali de Tizi-Ouzou interdisant toute randonnée et tout bivouac dans le massif forestier de la wilaya, des dizaines de groupes de randonneurs ont bravé la mesure le 15 mai dernier.
Ainsi, il s’agit d’une mobilisation massive qui ressemble à une démonstration de force collective et qui relance le débat sur la cohabitation entre protection des forêts et pratique sportive en pleine nature.
Une interdiction jugée excessive
La conservation forestière de la wilaya s’appuie sur deux arrêtés du wali — le n°272 du 27 janvier et le n°1433 du 28 avril 2026 — ainsi que sur l’arrêté n°1434 portant ouverture de la campagne de prévention contre les feux de forêt. Résultat : randonnées pédestres et bivouacs sont strictement prohibés dans l’ensemble du massif.
Mais pour les amateurs du Djurdjura, la pilule ne passe pas. Sur les réseaux sociaux, nombreux sont ceux qui estiment que leurs sorties participent précisément à la protection de ces espaces — et que c’est en partie grâce à eux que le tourisme de montagne s’est développé dans la wilaya.
Une « transgression » collective et organisée
Le jeudi 15 mai, les images ont envahi la toile : vidéos, photos, stories — pratiquement tous les groupes de randonnée habituels semblent s’être donné rendez-vous simultanément dans le massif. Un acte de désobéissance civile assumé, destiné à montrer qu’ils ne peuvent se passer de cette activité. « Par cette action collective, nous avons remis en question une interdiction qui n’aurait pas dû avoir lieu », explique l’un des randonneurs, qui rappelle avoir été parmi les premiers à bivouaquer au cœur du Djurdjura durant la décennie noire, quand personne n’osait s’y aventurer. Il ajoute : « À la fin de chaque sortie, nous distribuons des sacs poubelles pour ramasser les déchets laissés par d’autres. Nous sommes les défenseurs de cette nature, et nous continuerons à la protéger. »
Des pistes de compromis évoquées
Loin d’un bras de fer sans issue, certains randonneurs proposent des alternatives concrètes : dépôt préalable d’une liste de participants auprès de la conservation forestière, accompagnement par des agents du Parc national du Djurdjura, traçabilité des départs.
Des mesures qui permettraient d’encadrer les sorties sans les supprimer. « Il y a d’autres solutions pour contourner cette décision privative », résume un habitué du massif, qui espère voir la mesure allégée dans les prochaines semaines.
Le patrimoine forestier de Tizi-Ouzou, qui s’étend sur des milliers d’hectares, reste sous pression — notamment face aux feux de forêt récurrents. Mais la question de fond demeure entière : comment protéger la forêt sans en exclure ceux qui la défendent ?
