Les partis politiques dits d’opposition ne sont pas les seuls « victimes » de la décantation opérée par l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE).
Les listes indépendantes sont également frappées de plein fouet par les dispositions de l’article 200 alinéa 7 de la loi électorale.
Ainsi, à Tizi-Ouzou, six candidats de la liste indépendante «Tafsut», ont été rejetés par l’ANIE pour cause d’« activités suspectes », un motif jugé «vague et infondé» par cette liste indépendante, laquelle annonce des recours judiciaires et dénonce une «atteinte grave» aux droits civiques.
Qui sont les candidats rejetés?
En effet, pour la liste Tafsut, ce rejet relève de «la diffamation» et porte atteinte au principe de présomption d’innocence, garanti par la Constitution algérienne et les pactes internationaux des droits de l’Homme ratifiés par l’Algérie.
Les candidats écartés sont des profils bien ancrés dans la société civile et le militantisme politique, à savoir Mes Yamina Alili et Hakim Saheb, avocats engagés bénévolement dans la défense des détenus d’opinion et la protection des droits humains, M.M Hamou Boumedine, Salim Chait, Massinissa Negrouche, et Aksel Krouchi, ancien candidat FFS lors des élections locales de 2021 à l’APC de Béni Douala.
Deux candidats ont eu affaire à la justice — avec des résultats clairs
D’après le communiqué officiel de Tafsut, lur les six exclus, seuls deux ont eu un contact avec la justice, et dans des conditions qui contredisent le motif de l’ANIE. Selon ledit document, Hamou Boumedine a été acquitté par le tribunal criminel d’Alger le 8 décembre 2022, après dix-huit mois de détention provisoire pour ses opinions. «Cet acquittement a été confirmé en appel, puis définitivement entériné par la Cour suprême», est-il précisé. Concernant Salim Chait, la liste Tafsut mentionne qu’il n’a comparu devant la justice qu’en qualité de «partie civile» — en tant que plaignant contre Naïma Salhi, poursuivie pour propos racistes et discriminatoires envers les populations de Kabylie.
Tafsut annonce des recours judiciaires
Face à ce qu’elle qualifie de « forfaiture », cette liste indépendante annonce l’introduction de recours devant le tribunal administratif, conformément aux dispositions légales en vigueur.
La liste interpelle également l’ANIE : «si l’autorité dispose de preuves tangibles d’ « activités suspectes », elle est tenue de les transmettre au Procureur de la République pour que les poursuites judiciaires appropriées soient engagées», est-il écrit.
Enfin, le communiqué de TAFSUT replace cette décision dans un contexte plus large de régression autoritaire, marqué selon ses auteurs par la «montée de l’islamisme institutionnel» et des «féodalités locales», et par la «criminalisation » de toute expression citoyenne autonome et pacifique. Malgré les appels au boycott, la liste avait fait le choix de participer au scrutin pour, selon ses termes, « reconquérir l’espace institutionnel et réhabiliter la voix citoyenne ».
