Alors que l’Europe orchestre le retrait définitif du gaz russe, l’Algérie, portée par son bras armé énergétique Sonatrach, s’impose plus que jamais comme le pilier gazier de la Méditerranée.
En 2026, la domination algérienne sur le marché espagnol atteint des sommets, contrastant fortement avec l’effondrement des exportations libyennes. Décryptage d’une stratégie d’expansion rondement menée.
La géopolitique de l’énergie en Europe du Sud connaît un tournant majeur en 2026. Profitant du vide laissé par la Russie, l’Algérie consolide sa position de leader incontesté sur l’échiquier énergétique méditerranéen.
Portée par des infrastructures fiables et une stratégie d’investissement agressive menée par la compagnie nationale Sonatrach, l’Algérie s’érige en partenaire incontournable, particulièrement pour l’Espagne, devenue le symbole de cette reconquête commerciale.
L’Espagne, vitrine de la puissance gazière algérienne
Si l’Algérie a toujours été un partenaire historique de la péninsule ibérique, l’année 2026 marque une véritable consécration. Les chiffres publiés par Enagás, le gestionnaire du réseau gazier espagnol, sont sans appel : l’Algérie est de loin le premier fournisseur de gaz naturel de l’Espagne.
Rien qu’en juillet 2026, les volumes livrés par Sonatrach ont atteint 10 707 GWh, représentant ainsi 41,7 % du total des importations gazières espagnoles sur ce mois. Sur une période lissée d’un an (d’août 2025 à juillet 2026), l’Espagne a absorbé environ 131 662 GWh de gaz algérien, couvrant près de 35 % de ses besoins nationaux.
L’architecture de cette réussite repose majoritairement sur le gazoduc stratégique Medgaz. Sur l’année écoulée, plus de 115 000 GWh y ont transité, le reste des approvisionnements s’effectuant sous forme de Gaz Naturel Liquéfié (GNL).
Un rapprochement diplomatique au service de l’énergie
Cette dynamique commerciale exceptionnelle est le fruit d’un réchauffement des relations bilatérales entre Alger et Madrid. Le 20 juillet 2026, la visite du président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, en Algérie a scellé ce nouveau chapitre. Accompagné des pontes du secteur de l’énergie (Naturgy, Repsol, Moeve et Enagás), un accord politique majeur a été acté pour doper les approvisionnements.
La stratégie à court terme est claire : mobiliser les 10 % de capacité de transport encore disponibles sur le Medgaz pour augmenter les flux physiques sans avoir à modifier l’infrastructure existante, tout en renforçant les achats de GNL.
L’Italie, l’autre pilier de la stratégie d’exportation de Sonatrach
Si l’Espagne capte une grande partie des projecteurs, l’Italie n’en demeure pas moins le second poumon de la stratégie européenne d’Alger. Selon le Forum des pays exportateurs de gaz (GECF), les exportations par gazoduc de Sonatrach ont bondi lors des sept premiers mois de 2026 : +13 % vers l’Espagne et +5 % vers l’Italie, comparé à 2025.
Les échanges italo-algériens illustrent la profondeur de ce partenariat. Au premier semestre 2026, le volume d’échanges a pesé 6,78 milliards d’euros. La facture gazière italienne s’élève à elle seule à 4,3 milliards d’euros (82 % des importations italiennes d’Algérie). Fait intéressant, cette relation énergétique se double d’une véritable alliance industrielle, l’Italie voyant ses exportations d’équipements et de machines vers l’Algérie exploser de 52,6 %.
La chute du gaz russe et l’effondrement libyen : un boulevard pour l’Algérie
L’essor algérien s’inscrit dans une conjoncture régionale très spécifique. D’une part, l’Union Européenne a juridiquement entériné la fin du gaz russe : interdiction du GNL russe dès le 1er janvier 2027 et arrêt des flux par pipeline d’ici la fin 2027. D’autre part, la Libye, concurrent régional historique, s’effondre.
Tandis que l’Algérie joue la carte de la sécurité d’approvisionnement, les flux libyens vers l’Italie via le gazoduc Greenstream ont chuté de 61 % sur les sept premiers mois de 2026. L’instabilité politique, les pannes récurrentes et une demande intérieure galopante ont contraint la compagnie libyenne NOC à détourner son gaz vers son propre marché pour alimenter ses centrales électriques.
Horizon 2030 : Le méga-plan de Sonatrach pour garantir les volumes
Face à l’appétit européen et à la sortie programmée de la Russie, la pression sur les capacités de production algériennes est immense. Pour maintenir son statut d’exportateur de premier rang tout en répondant à une demande intérieure vorace (le gaz produit 99 % de l’électricité du pays), Sonatrach a déclenché un vaste plan d’investissement pour la période 2026-2030.
L’entreprise d’État a décidé d’allouer 75 % de ses investissements au secteur clé de l’exploration-production. Le programme est titanesque :
- Forage de 1 450 nouveaux puits (500 d’exploration et 950 de développement).
- Réalisation de 6 300 interventions de maintenance et d’optimisation sur les puits existants.
- Objectif stratégique : Franchir le cap des 200 milliards de mètres cubes de production gazière annuelle.
Le projet TSGP comme relais de croissance
L’Algérie regarde également plus loin au sud. Pour pérenniser ses volumes d’exportation vers l’Europe, Alger accélère sur le projet du gazoduc transsaharien (TSGP), conçu pour acheminer jusqu’à 30 milliards de mètres cubes de gaz nigérian vers l’Europe via le Niger et le réseau algérien. Le lancement officiel des travaux du tronçon algérien à Aoulef, le 4 juin 2026, prouve que Sonatrach prépare déjà le terrain pour rester la plaque tournante gazière de la Méditerranée pour les décennies à venir.
En s’imposant comme la clé de voûte de la sécurité énergétique espagnole et italienne, l’Algérie démontre en 2026 que sa stratégie gazière est plus qu’une simple opportunité de marché : c’est un véritable outil de puissance géopolitique.
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