Alger hausse le ton face aux manœuvres d’Abou Dhabi. Lors de sa dernière sortie médiatique, le président algérien Abdelmadjid Tebboune a adressé une mise en garde explicite à un « micro-État » accusé de déstabiliser la région du Maghreb et du Sahel.
Les relations entre l’Algérie et les Émirats arabes unis (EAU) franchissent un nouveau seuil de tension diplomatique. Intervenant lors de son entretien périodique avec la presse nationale ce lundi 27 juillet, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, s’en est pris vivement à la politique étrangère menée par Abou Dhabi, dénonçant un rôle destructeur dans plusieurs zones de conflit.
« Qu’ils nous laissent tranquilles » : la ferme mise en garde d’Alger
Sans nommer directement le pays mais en multipliant les indices explicites, le chef de l’État algérien a appelé ce « micro-État » à cesser ses ingérences dans les affaires algériennes et régionales.
« Là où ils mettent les pieds, il y a du sang qui coule […]. Pour éviter cela, je le dis encore une fois : qu’ils nous laissent tranquilles. Je ne parle pas dans le vide. Nous avons des preuves ! Ce micro-État est malfaisant ! », a martelé le président Tebboune.
Contrairement aux tensions frontales observées avec d’autres voisins régionaux, Alger pointe du doigt une stratégie d’influence jugée plus sournoise, souvent associée à l’alignement stratégique d’Abou Dhabi sur la diplomatie d’Israël depuis les accords d’Abraham.
Espionnage, Sahel et Tunisie : les griefs accumulés contre Abou Dhabi
L’exaspération des autorités et de la classe politique algérienne repose sur un faisceau d’accusations concrètes :
- Guerre de l’information et espionnage : Abou Dhabi est soupçonné d’avoir fourni des outils technologiques d’écoute et de surveillance ciblés prioritairement contre l’Algérie.
- Déstabilisation du Sahel : Les Émirats sont accusés de jouer un double jeu au Mali et au Tchad, alimentant l’instabilité sécuritaire aux frontières sud de l’Algérie.
- Pression diplomatique en Tunisie : En août 2024, Abdelkader Bengrina, chef du mouvement El-Bina, avait dénoncé des démarches émiraties visant à inciter Tunis à normaliser ses relations avec l’entité sioniste.
Appel à la rupture économique face à une « guerre non déclarée »
La virulence des propos présidentiels fait écho aux prises de position de la classe politique nationale. En décembre 2024, Louisa Hanoune, secrétaire générale du Parti des travailleurs (PT), accusait déjà les EAU de mener une « guerre » par procuration à l’Algérie, notamment en soutenant les réseaux de contrebande aux frontières.
Face à ces menaces perçues contre la souveraineté nationale, plusieurs figures politiques plaident désormais ouvertement pour un gel des projets de coopération économique entre Alger et Abou Dhabi.
Une influence contestée du Maghreb à la péninsule Arabique
L’activisme d’Abou Dhabi ne suscite pas seulement l’opposition au Maghreb. Du Sahel jusqu’au Yémen, la diplomatie émiratie est régulièrement accusée d’entretenir les divisions territoriales et d’instrumentaliser les tensions locales pour implanter des bases stratégiques au profit d’alliances militaires régionales.
Pour Alger, la ligne rouge semble désormais franchie. En affirmant détenir des « preuves » des agissements émiratis, le président Abdelmadjid Tebboune signale que l’Algérie ne tolérera plus aucune atteinte à sa sécurité nationale.
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