Elle a traversé les djebels enneigés, les rivières en crue et les sentiers escarpés de la guerre. Soixante-huit ans après, la qachabia du colonel chahid Amirouche Aït Hamouda regagne enfin la terre qui l’a vu naître.
Ainsi, non plus portée par un combattant, mais déposée dans un musée, comme on confie une relique à l’éternité. Ce lundi, le moudjahid Slimane Laichour a officiellement remis ce vêtement historique au Musée du Moudjahid de Tizi Ouzou, en présence de Noredine Aït Hamouda, fils du légendaire chef de la Wilaya III historique.
Soixante-huit ans après…
En effet, c’est lors d’une cérémonie sobre, mais chargée d’une émotion que les mots peinent à contenir, que cet habit traditionnel vient de regagner son environnement naturel : un musée. L’histoire de cette qachabia commence à la veille d’un départ sans retour. En mars 1958, alors qu’il s’apprête à rejoindre la Tunisie pour une mission dont il ne reviendra pas vivant, le colonel Amirouche confie son vêtement à Slimane Laichour.
Un geste anodin en apparence, immense dans ce qu’il signifie : laisser une part de soi à ceux qui restent, à ceux qui continuent. Moins d’un an plus tard, le 29 mars 1959, Amirouche tombait au combat à Boussaâda. La qachabia, elle, survivait — gardée précieusement pendant plus de six décennies par celui à qui elle avait été confiée.
Les larmes de Noredine Aït Hamouda
C’est peut-être l’image la plus forte de cette journée : Noredine Aït Hamouda, la voix nouée, recevant la pièce que son père avait portée sur les cimes de la Kabylie en guerre. La vidéo de la cérémonie, qui circule sur les réseaux sociaux, montre un homme submergé — non par la tristesse, mais par le poids d’une transmission qui se boucle enfin. Slimane Laichour, lui, a décrit l’objet avec la précision de celui qui a tout vécu : une qachabia qui a « traversé les sentiers escarpés, des rivières en crue, des forêts et des cimes enneigées ». Dans sa bouche, le vêtement devient récit. Il devient preuve.
Un symbole pour la mémoire nationale
En rejoignant les collections du Musée du Moudjahid de Tizi Ouzou, cette qachabia dépasse le cadre du souvenir familial. Elle incarne, dans sa texture et son histoire, ce que la Guerre de Libération nationale a exigé des hommes qui l’ont menée : le sacrifice absolu, sans certitude de retour, sans garantie que l’Histoire retiendrait leurs noms.
Le colonel Amirouche reste l’une des figures les plus emblématiques de la Révolution algérienne. Sa qachabia, désormais sous vitrine, continuera de parler — à ceux qui savent lire les objets comme on lit les hommes.
