Chaque année, avec le retour de la chaleur, le même drame se répète inexorablement en Algérie : des dizaines d’enfants et adolescents perdent la vie dans des barrages, des retenues collinaires et des plans d’eau non surveillés.
Face à cette hécatombe silencieuse, l’Agence nationale des barrages et transferts (ANBT) a déclenché une nouvelle campagne nationale de sensibilisation, quelques semaines seulement avant le début de la saison estivale.
De vacances parfois macabres
En effet, dès la fermeture des établissements scolaires, des millions de jeunes se retrouvent livrés à eux-mêmes pendant quatre mois consécutifs. En l’absence de piscines accessibles — dont beaucoup ferment faute de moyens — et de structures de loisirs adaptées, les enfants des zones rurales et périurbaines se tournent naturellement vers les points d’eau disponibles : barrages, retenues collinaires, oueds.
Ces espaces, souvent non gardés et techniquement dangereux, deviennent des pièges mortels. Les fonds y sont imprévisibles, les berges instables, et l’envasement progressif des ouvrages crée des zones d’aspiration invisibles.
Le drame le plus récent illustre cruellement l’ampleur du problème. Le 11 mai dernier, trois jeunes âgés de 14 à 15 ans ont disparu dans une retenue d’eau à Tiaret. Leurs corps n’ont pas été retrouvés immédiatement. Un drame parmi d’autres, qui ouvre une fois de plus une liste macabre destinée à s’allonger si rien ne change.
Le nombre de victimes est en hausse constante d’année en année, selon les données compilées par les services de protection civile et les autorités hydrauliques.
« Ta vie coûte plus cher » : le message fort de l’ANBT
Pour enrayer cette tendance, l’ANBT a diffusé massivement un SMS de prévention sur les smartphones des Algériens, ciblant en priorité les parents. Le slogan retenu est sans détour : « Ta vie coûte plus cher, ne la perds pas dans un barrage. ». Ce message, volontairement direct, entend responsabiliser les familles en amont de la saison critique. L’agence rappelle que ses ouvrages — barrages, transferts hydrauliques, retenues collinaires — ne sont pas des espaces de baignade et que s’y aventurer constitue un danger mortel.
Une responsabilité collective
Pour les professionnels du secteur jeunesse, la prévention ne peut reposer sur la seule communication institutionnelle. Un cadre de la direction de la jeunesse et des sports de Tizi-Ouzou interpelle directement les acteurs locaux : « L’oisiveté gagne de plus en plus les milieux juvéniles. Il est temps que les parents s’organisent et gardent un œil sur leurs enfants. Les maisons de jeunes, les associations et les comités de quartier doivent canaliser ces adolescents en organisant des tournois sportifs et des sorties encadrées. ».
La chaîne de responsabilité est claire : parents, voisinage, associations, élus locaux et institutions doivent agir de concert. L’ANBT, pour sa part, exprime une volonté ferme : qu’aucun nouveau drame ne survienne dans les ouvrages placés sous sa tutelle.
