Dans sa nouvelle stratégie méditerranéenne baptisée T-MED, la Commission européenne identifie l’Algérie comme l’un des acteurs clés de son plan de transition vers les énergies renouvelables.
Ainsi, Bruxelles entend mobiliser jusqu’à 25 milliards d’euros d’investissements d’ici 2035 pour transformer le sud de la Méditerranée en plateforme d’électricité verte — avec le territoire algérien en position centrale.
L’Algérie, pièce maîtresse de la stratégie T-MED
En effet, la Commission européenne a dévoilé une ambitieuse feuille de route énergétique pour la région méditerranéenne, dans laquelle l’Algérie occupe un rôle stratégique de premier plan. L’initiative T-MED (Trans-Mediterranean Energy Development) vise à faire du flanc sud du bassin méditerranéen un vaste hub de production d’énergie propre, capable d’alimenter le continent européen en électricité décarbonée.
L’Algérie figure parmi les territoires jugés les plus prometteurs de la zone MENA (Middle East and North Africa), une région créditée de plus de 2 300 GW de capacité technique en solaire et en éolien. Le potentiel est tel qu’un haut fonctionnaire européen a déclaré aux Échos : « Avec une portion du seul territoire algérien, vous pouvez couvrir tous les besoins énergétiques de l’Europe. »
Le South H2 Corridor : l’hydrogène vert au cœur du projet
Au-delà de la production d’électricité, l’Algérie est également envisagée comme un maillon essentiel des futurs corridors énergétiques entre les deux rives de la Méditerranée. Le projet phare est le South H2 Corridor, conçu pour acheminer de l’hydrogène vert vers l’Europe via la reconversion d’anciens gazoducs — une infrastructure que l’Algérie possède déjà et qui traverse la Méditerranée vers l’Italie et l’Espagne.
Cette configuration géographique place Alger dans une position de fournisseur énergétique naturel pour l’Union européenne, dans un contexte où Bruxelles cherche activement à réduire sa dépendance aux hydrocarbures fossiles, accélérée depuis la crise gazière de 2022.
Des défis structurels à surmonter
Si les ambitions européennes sont affichées, les obstacles demeurent considérables. Dans plusieurs pays partenaires de la région, les énergies renouvelables ne représentent encore que 1 à 3 % du mix énergétique national, et les flux d’investissements internationaux restent nettement inférieurs aux besoins réels.
Pour lever ces freins, la Commission européenne entend activer des mécanismes de garantie publique destinés à attirer les capitaux privés, tout en accompagnant le développement des infrastructures nécessaires à la transformation du potentiel théorique en production effective.
Une opportunité de diversification pour l’économie algérienne
Au-delà des intérêts européens, cette bascule énergétique représente une fenêtre d’opportunité stratégique pour l’Algérie elle-même. Le développement à grande échelle des énergies renouvelables, conjugué à l’émergence de corridors d’exportation vers l’Europe, ouvrirait la voie à une diversification économique et à une montée en puissance industrielle dans un secteur appelé à une croissance structurelle forte au cours des prochaines décennies.
La question reste entière : l’Algérie saisira-t-elle ce levier pour accélérer sa propre transition, ou demeurera-t-elle principalement fournisseur de ressources brutes pour le marché européen ?
