Le démantèlement d’un vaste réseau international entre l’Équateur et l’Espagne met en lumière le rôle central des Émirats arabes unis dans le blanchiment et le financement du crime organisé.
Un coup dur porté à une organisation responsable du trafic de 21 tonnes de cocaïne.
Les révélations de la police espagnole et de la Guardia Civil, relatées par les médias britanniques, décrivent une opération d’une ampleur inédite. Menée conjointement avec la police nationale équatorienne et supervisée par Europol, cette enquête de plusieurs années s’est soldée par l’arrestation de 44 personnes et la saisie spectaculaire de 21 tonnes de cocaïne. Mais au-delà des saisies record, c’est le volet financier de l’affaire qui retient l’attention : l’ombre des Émirats arabes unis plane sur l’ensemble de la logistique.
Le rôle clé de Dubaï : le cœur financier du réseau criminel
Au sommet de cette infrastructure internationale, les enquêteurs de l’Unité Centrale Opérationnelle (UCO) ont identifié un pôle stratégique basé aux Émirats arabes unis. Selon les révélations des médias espagnols, Depuis Dubaï, des responsables financiers d’origine albanaise injectaient massivement des capitaux pour piloter et pérenniser l’ensemble des opérations illicites.
Cette branche émiratie ne se contentait pas de blanchir l’argent du trafic : elle finançait directement la création et le maintien d’une infrastructure d’entreprises complexes en Espagne. Ces sociétés écrans, alimentées par les fonds dubaïotes, permettaient d’importer des marchandises légales afin de masquer les flux de drogues en provenance d’Amérique du Sud. Grâce à cette manne financière issue du Golfe, l’organisation s’assurait une couverture commerciale en apparence irréprochable pour contourner les contrôles aux frontières sans éveiller les soupçons.
Un axe tripartite Équateur – Espagne – Émirats
Pour faire circuler la marchandise et l’argent, l’organisation s’appuyait sur une division du travail tirée au cordeau entre trois continents :
- Le pôle financier à Dubaï (Émirats arabes unis) : Injection de liquidités pour créer les sociétés écrans et orchestrer le montage financier global.
- Le pôle d’approvisionnement en Équateur : Infiltration des grands hubs logistiques comme le port de Guayaquil pour dissimuler la cocaïne au milieu de cargaisons légales, principalement dans des conteneurs de bananes.
- Le pôle de réception en Espagne : Implantation majeure dans La Rioja avec des relais à Alicante, Séville et Cadix. Composée de ressortissants espagnols et marocains, cette branche gérait la logistique portuaire et réceptionnait les conteneurs.
Un démantèlement choc en deux temps
Après de premières interceptations de conteneurs en 2024, le réseau s’est effondré sous la pression des forces de l’ordre.
En mars 2025, la première phase de l’opération s’est traduite par une descente massive en Équateur, où les agents espagnols de l’UCO ont soutenu les forces locales pour interpeller 36 suspects et effectuer près de 50 perquisitions.
La seconde phase s’est conclue sur le sol espagnol avec l’arrestation de huit autres membres présumés du réseau. Lors d’un raid à Arnedo (La Rioja), les enquêteurs ont mis la main sur 1,15 million de dollars (environ 1 million d’euros) en argent liquide dissimulé. De nombreux biens immobiliers, véhicules de luxe et comptes bancaires ont également été gelés pour tarir définitivement les circuits financiers de l’organisation.
Désormais instruite par le Parquet spécial antidrogue et l’Audience nationale espagnole, cette affaire démontre la volonté des autorités européennes de cibler prioritairement les donneurs d’ordre et les bailleurs de fonds installés aux Émirats arabes unis. En parallèle, la surveillance du littoral andalou a été renforcée pour verrouiller les accès maritimes face aux syndicats internationaux du narcotrafic.
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