La décision de la justice administrative de dissoudre le Conseil National Autonome du Personnel Enseignant du Secteur Tri-Pensionné de l’Éducation (CNAPESTE) suscite un véritable tollé au sein de l’opposition politique en Algérie.
À travers des communiqués incisifs, trois formations majeures — Jil Jadid, le Parti des Travailleurs (PT) et le Front des Forces Socialistes (FFS) — dénoncent un coup dur porté aux libertés syndicales et à l’État de droit.
Une onde de choc dans le paysage syndical et politique
Rendue par le tribunal administratif de Bir Mourad Raïs, la décision de dissolution du CNAPESTE — assortie d’une exécution provisoire immédiate bien que le syndicat ait interjeté appel — marque un tournant dans le climat politique et social algérien.
L’annonce de cette sentence judiciaire a immédiatement fait réagir plusieurs partis politiques d’opposition, qui voient dans cette mesure une menace directe pour l’autonomie du mouvement syndical et le pluralisme démocratique.
Jil Jadid : Un appel au dialogue et au respect de la Constitution
Pour la formation politique Jil Jadid, présidée par Lakhdar Amokrane, cette décision suscite une « vive préoccupation quant aux répercussions politiques et sociales », particulièrement dans un contexte caractérisé par l’érosion de la confiance entre le citoyen et les institutions.
Tout en affirmant son attachement à la primauté du droit et à l’indépendance de la justice, le parti rappelle fermement que la liberté syndicale est un droit constitutionnel fondamental (consacré par l’article 69 de la Constitution).
« La liberté syndicale n’est pas un privilège accordé par le pouvoir, mais un droit constitutionnel fondamental », soulignent les responsables du parti, en insistant sur le principe déclaratif pour la création des syndicats plutôt que le régime d’autorisation préalable.
Jil Jadid met en garde contre les signaux négatifs envoyés à la société civile et appelle instamment les autorités à :
- Revenir à la négociation et à la médiation avant toute mesure extrême ;
- Réviser le cadre juridique encadrant l’action syndicale pour garantir l’autonomie des organisations ;
- Lancer un processus national de restauration de la confiance axé sur le dialogue inclusif.
Le Parti des Travailleurs (PT) : « Consternation et inquiétude »
Du côté du Parti des Travailleurs (PT), la réaction s’est exprimée par la voie d’un communiqué du Bureau politique faisant part d’une « consternation » totale face à ce verdict.
Pour le PT, la dissolution du CNAPESTE constitue un événement « gravissime et sans précédent », portant atteinte aux fondements mêmes de la pratique démocratique en confisquant la liberté des travailleurs de s’organiser en toute indépendance.
Le parti réaffirme sa « solidarité pleine et inconditionnelle » envers le syndicat des enseignants et s’adresse directement au Président de la République, en tant que garant de la Constitution, pour intervenir et stopper un engrenage dont les « conséquences pourraient être imprévisibles ».
Le FFS dénonce une « grave dérive autoritaire »
Le Front des Forces Socialistes (FFS), sous la plume de son Premier Secrétaire national Youcef Aouchiche, a vivement réagi en qualifiant cette mesure de « grave dérive autoritaire » et de « précédent extrêmement dangereux ».
Le FFS critique la judiciarisation et la criminalisation de l’espace public, estimant que cette décision remplace le dialogue social par la contrainte et le tout-sécuritaire. Le parti dénonce également les pressions subies depuis des mois par les cadres du CNAPESTE, soumis à des mesures de contrôle judiciaire jugées disproportionnées.
« Les corps intermédiaires ne constituent ni un facteur d’instabilité ni une menace pour les institutions. Ils représentent, au contraire, des acteurs essentiels de médiation sociale » rappelle le communiqué du FFS, appelant à réviser la législation encadrant le droit de grève et l’action syndicale pour la rendre conforme aux engagements internationaux de l’Algérie.
Conclusion : Le dialogue social à l’épreuve
L’alignement des positions de Jil Jadid, du PT et du FFS témoigne de la gravité de la situation. Alors que le CNAPESTE engage sa procédure d’appel, l’ensemble de la classe politique d’opposition s’accorde sur un point : la stabilité et la cohésion nationale ne pourront se construire sans le respect des libertés syndicales, le renforcement de l’État de droit et un dialogue social sincère.
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