Les résultats des élections législatives révèlent une tendance de fond en Kabylie. À l’instar de sa voisine Tizi-Ouzou, la wilaya de Béjaïa a enregistré un taux de participation particulièrement faible lors du scrutin.
Ainsi, malgré une offre politique diversifiée et une campagne menée dans le calme, la multiplication des listes n’aura pas suffi à briser la passivité, voire l’indifférence des électeurs, installant une trajectoire électorale quasi identique à l’échelle de la région.
Béjaïa et Tizi-Ouzou : Des trajectoires électorales miroirs
En effet, les chiffres communiqués par l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE) à la clôture des bureaux de vote mettent en évidence une sociologie électorale commune aux deux grandes wilayas de la Kabylie :
Tizi-Ouzou : 15.51% de taux participation pour 11 sièges
Béjaïa : 14.98% de taux de participation pour 9 sièges
Si Tizi-Ouzou se place légèrement en tête avec 15,51 % de votants, Béjaïa la talonne de près avec 14,98 %. Dans les deux cas, bien que ces taux représentent un net sursaut par rapport aux précédents scrutins post-2019 (où la participation locale frôlait parfois le 1 %), le constat reste le même : plus de 84 % du corps électoral a boudé les urnes.
Le retour du FFS et du RCD n’a pas suffi à mobiliser
À Béjaïa, l’ANIE avait pourtant validé une offre politique dense : 14 listes de candidature, dont sept listes indépendantes, toutes en lice pour arracher les 9 sièges de députés à l’Assemblée populaire nationale (APN).
Tout comme à Tizi-Ouzou, le grand enjeu de ce scrutin résidait dans la participation des deux formations traditionnellement ancrées dans la région : le Front des forces socialistes (FFS) et le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD). Mais le retour en force de ces partis historiques, combiné à l’émergence de listes indépendantes, n’a pas provoqué le déclic démocratique escompté auprès de la population.
Une ambiance de « vendredi » sur le terrain
Sur le plan de l’ambiance, la journée électorale à Béjaïa a partagé le même calme plat que celui observé à Tizi-Ouzou. Loin de l’effervescence des grands rendez-vous nationaux, le jour du vote ressemblait à s’y méprendre à un week-end ordinaire.
• Abstention visible : Dans plusieurs communes, à l’image d’Aokas, les rues sont restées peu animées. Aucune file d’attente ne s’est formée devant les centres de vote, et les navettes de transport d’électeurs étaient quasi inexistantes.
• Fin d’une époque : La mobilisation des candidats s’est avérée d’une discrétion inédite. Les opérations de porte-à-porte se sont faites rares dans les quartiers et les villages.
Cette léthargie rompt définitivement avec les pratiques électorales des années 1990, une époque où les militants occupaient le terrain et multipliaient les cortèges de voitures jusqu’à la dernière minute.
À l’évidence, à Béjaïa comme à Tizi-Ouzou, la déconnexion entre la classe politique et les aspirations des citoyens locaux reste profonde.
Les candidats ont beau avoir axé leurs discours sur les préoccupations quotidiennes de la région, les électeurs de la Kabylie ont envoyé un signal fort, s’alignant sur la tendance nationale de désintérêt vis-à-vis du renouvellement de l’APN.
