Face à une paralysie inédite des exportations de gaz en provenance du Golfe, la Sonatrach déploie une stratégie d’urgence.
Ainsi, entre flambée des cours et impératifs de sécurité énergétique, Alger se positionne désormais comme le pivot incontournable de l’axe Méditerranée-Europe.
Un séisme sur les marchés : le spectre de la pénurie
En effet, le paysage énergétique mondial vient de basculer. Suite aux attaques de drones ayant frappé les complexes névralgiques de Ras Laffan et Mesaieed au Qatar, entraînant une suspension sine die des approvisionnements de l’émirat, le marché du Gaz Naturel Liquéfié (GNL) est en ébullition. Dans ce chaos logistique et géopolitique, l’Algérie a choisi son camp : celui de l’offensive.
L’onde de choc sur les places boursières est brutale. Ce lundi 2 mars, les prix du gaz en Europe ont enregistré un bond spectaculaire de 40 %, une volatilité jamais vue depuis l’été 2023. La cause ? L’asphyxie progressive du détroit d’Ormuz, véritable poumon du commerce mondial où transitent 20 % du GNL planétaire.
Les analystes de Goldman Sachs tirent la sonnette d’alarme : un blocage prolongé d’un mois pourrait doubler les tarifs sur le Vieux Continent et propulser les prix spot en Asie à des sommets stratosphériques (+130 %). Déjà, 24 méthaniers ont dérouté leur trajectoire, fuyant une zone devenue impraticable.
La Sonatrach en ordre de bataille
C’est dans ce contexte que la compagnie nationale Sonatrach a reçu l’ordre de porter sa production à son plafond technique. Selon les informations de la plateforme Attaqa, Alger entend mobiliser l’intégralité de son appareil industriel pour capter la rente de cette flambée des prix tout en sécurisant ses partenaires historiques.
Avec une capacité installée de 25,3 millions de tonnes par an, l’Algérie dispose d’un outil de frappe industrielle sans équivalent en Afrique, reposant sur deux pôles stratégiques :
● Le pôle d’Arzew : Véritable cœur battant du GNL algérien avec les complexes GL1Z (7,9 Mt/an), GL2Z (8,2 Mt/an) et le moderne GL3Z (4,7 Mt/an).
● Le pôle de Skikda : Une unité de haute performance contribuant à hauteur de 4,5 Mt/an.
2026 : L’année du rebond stratégique
Pour la direction de la Sonatrach, cette crise est aussi une opportunité de redresser des indicateurs en demi-teinte. Après une année 2025 marquée par un repli de 18 % des exportations (tombées à 9,54 millions de tonnes), le groupe pétrolier vise désormais le retour, voire le dépassement, du record de 13,45 millions de tonnes établi en 2023.
Le carnet de commandes reste solide, porté par une clientèle européenne fidèle qui voit en Alger un fournisseur fiable face à l’instabilité du Moyen-Orient.
Un nouveau rôle de régulateur régional
L’ambition d’Alger dépasse les frontières de l’Europe. En embuscade, la Sonatrach envisage de réorienter ses cargaisons excédentaires vers le monde arabe — Égypte, Koweït, Jordanie, Bahreïn — pour combler le vide laissé par le géant qatari.
En activant tous ses leviers de liquéfaction, l’Algérie ne se contente pas d’une opération financière lucrative. Elle s’érige en garant de la stabilité énergétique du bassin méditerranéen, transformant une crise géopolitique majeure en un levier d’affirmation de sa puissance sur l’échiquier mondial.
