L’affaire de l’importation de moutons pour l’Aïd el-Adha vire au scandale d’État en Algérie.
Après la colère du président Tebboune face aux graves dysfonctionnements logistiques, le pôle financier de Sidi M’hamed vient de frapper un grand coup : plusieurs hauts dirigeants ont été placés en détention provisoire.
Un fiasco logistique qui a fait réagir le président Tebboune
L’opération qui devait soulager le portefeuille des ménages algériens a tourné au fiasco national. Initialement prévue pour garantir un approvisionnement fluide et contrer la spéculation, l’importation d’un million de têtes de moutons à l’occasion de l’Aïd el-Adha a finalement révélé de profondes failles.
Entre l’importation controversée de brebis, une opacité flagrante dans la gestion des flux et des retards de livraison majeurs, la situation est vite devenue intenable sur le terrain. Face à cette distribution chaotique et aux disparités régionales, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, avait tapé du poing sur la table dès le 7 juin dernier lors d’un Conseil des ministres, en exigeant l’ouverture immédiate d’une enquête pour situer les responsabilités.
Corruption et dilapidation : La justice place 13 suspects sous les verrous
D’après les précisions communiquées par le procureur général, Mohamed El Kamel Ben Boudiaf, l’enquête a mis en lumière de graves anomalies, tant sur le plan sanitaire que financier, entourant l’importation d’un million de têtes d’ovins.
Sur le plan vétérinaire, les investigations ont mis en évidence de sérieux manquements aux protocoles réglementaires. Il s’avère notamment que des bêtes manifestant des signes de pathologies contagieuses ont été admises sur le territoire, une situation formellement consignée dans le rapport d’un comité de trois vétérinaires au niveau du port de Béjaïa.
Un monopole injustifié sur l’importation du cheptel
Selon les déclarations du procureur général, ces pratiques frauduleuses ont permis de monopoliser le marché de manière flagrante :
- 700 000 têtes de bétail (soit la majorité du quota) ont été attribuées à seulement quatre opérateurs principaux.
- Ce réseau restreint a ainsi bénéficié d’un avantage concurrentiel illégal au détriment des règles de transparence.
Des coûts de transport et des prix au kilo anormalement élevés
L’aspect financier de l’importation de moutons révèle également des anomalies de gestion majeures. L’enquête met en évidence :
- Des écarts de prix injustifiés, avec un tarif oscillant entre 5,35 et 6 euros le kilogramme.
- Un coût logistique exorbitant pour le transport aérien, atteignant 900 euros par tête de mouton.
Plusieurs dirigeants d’ALVIAR et fournisseurs ciblés par la justice
Les conclusions de l’enquête n’ont pas tardé à déclencher un véritable séisme judiciaire. Le tribunal du pôle pénal économique et financier de Sidi M’hamed a officiellement ouvert une instruction sur la gestion de cette opération, pilotée par la Société algérienne des viandes rouges (Alviar), une filiale du groupe public Agrolog.
Au total, 41 personnes ont été entendues par les enquêteurs, incluant des cadres supérieurs, des dirigeants d’entreprises publiques ainsi que des opérateurs économiques et commerçants privés.
Le couperet est tombé ce samedi : le juge d’instruction de la sixième chambre a ordonné le placement en détention provisoire de 13 suspects clés. Parmi les personnes écrouées figurent les plus hauts responsables de la Société algérienne des viandes rouges (basée à Bir Touta), notamment :
- Le Directeur Général (DG)
- Le Directeur des Ressources Humaines (DRH)
- Le Directeur des Finances
Les chefs d’accusation retenus : Les mis en cause sont poursuivis pour des délits graves de corruption, notamment abus d’influence, blanchiment d’argent et dilapidation de deniers publics.
Vers de nouvelles arrestations dans le secteur agroalimentaire ?
Ce coup de filet ne semble être que la première étape d’un assainissement de plus grande envergure. L’enquête judiciaire suit activement son cours et, selon des sources proches du dossier, de nouvelles convocations devraient être adressées très prochainement à d’autres hauts responsables liés à ce marché public.
Ce scandale met en lumière la volonté des autorités de traquer les défaillances de gestion et la corruption qui impactent directement le pouvoir d’achat des citoyens algériens lors des périodes de grande consommation.
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