Les importations tunisiennes de gaz en provenance d’Algérie ont enregistré une hausse de 8 % durant les trois premiers mois de l’année 2026, atteignant 694 mille tonnes équivalent pétrole (tep) à fin mars.
Une progression qui confirme le rôle central des approvisionnements algériens dans la couverture des besoins énergétiques de la Tunisie, notamment dans un contexte de forte demande en électricité.
Une demande électrique en hausse et une dépendance accrue au gaz
En effet, selon la publication de mars 2026 de l’Observatoire national de l’énergie et des mines en Tunisie, les achats de gaz algérien ont augmenté entre mars 2025 et mars 2026. Sur la même période, l’approvisionnement total du pays en gaz naturel a progressé de 5 %, pour s’établir à 1,134 million de tep.
Cette évolution a mécaniquement renforcé la part du gaz algérien dans le mix d’approvisionnement tunisien, passant de 59 % à 61 % en une année. Dans le même temps, la production nationale a légèrement reculé, de 27 % à 26 %, tandis que la redevance gazière transférée à la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG) a diminué de 14 % à 13 %.
Cette augmentation des importations intervient dans un contexte de hausse de la consommation énergétique en Tunisie. La production nationale d’électricité a atteint 4 493 GWh à fin mars 2026, soit une progression de 7 % par rapport à la même période de 2025.
La structure de production électrique reste largement dominée par le gaz naturel, qui représente environ 93 % du mix énergétique du secteur. Cette forte dépendance rend le système électrique particulièrement sensible à toute variation des approvisionnements en gaz.
Un recul des ressources énergétiques nationales
Parallèlement, les ressources énergétiques primaires tunisiennes ont reculé de 8 %, pour s’établir à 792 mille tep à fin mars 2026. Cette baisse s’explique principalement par le déclin de la production nationale de pétrole brut et de gaz naturel.
La production pétrolière est passée de 333 mille tep à 292 mille tep, soit une chute de 12 % sur un an, selon les données de l’Observatoire. Dans le même temps, la contribution liée à la redevance du gaz algérien a également reculé de 18 %.
Une autonomie énergétique en baisse
La détérioration de la production locale se reflète directement sur les indicateurs d’indépendance énergétique. Le déficit du bilan énergétique primaire de la Tunisie a atteint 1,5 million de tep à fin mars 2026, en hausse de 13 % sur un an.
Le taux d’indépendance énergétique est ainsi tombé à 34 %, contre 39 % un an auparavant. Il descend même à 28 % si l’on exclut la redevance énergétique des ressources nationales.
Ces chiffres illustrent une tendance structurelle : la croissance de la demande énergétique, combinée à la baisse de la production locale, accentue la dépendance du pays vis-à-vis des importations de gaz.
Un déficit énergétique fragile
Malgré ces déséquilibres, le déficit du commerce énergétique tunisien reste relativement stable, s’établissant à 2 969 millions de dinars à fin mars 2026, contre 2 983 millions un an plus tôt.
Cette stabilité apparente s’explique par une hausse des exportations d’énergie en valeur (+25 %) et une progression modérée des importations (+3 %). Toutefois, cette situation ne masque pas la fragilité structurelle du système énergétique tunisien, marqué par une forte dépendance aux hydrocarbures importés.
Sur le plan de la production nationale, les évolutions restent limitées. La production de liquides de gaz, y compris celle de l’usine de Gabès, a légèrement progressé pour atteindre 32 mille tep, contre 31 mille tep un an plus tôt (+1 %).
La production de gaz commercial sec demeure, quant à elle, quasiment stable à 0,29 million de tep, contre 0,289 million en 2025. Cette stagnation reflète la maturité des principaux champs gaziers et l’absence de nouveaux projets d’exploration significatifs.
Le gaz algérien, pilier de l’équilibre énergétique tunisien
Dans ce contexte, l’Algérie confirme son rôle de fournisseur stratégique pour la Tunisie. Au-delà de ses exportations vers l’Europe, elle occupe une position centrale dans l’approvisionnement énergétique du voisin tunisien.
Avec 694 mille tep exportées vers la Tunisie en trois mois et une part de marché portée à 61 %, le gaz algérien apparaît comme un élément clé de la stabilité du système électrique tunisien.
Une équation énergétique de plus en plus complexe
Les données du premier trimestre 2026 mettent en évidence une équation énergétique sous tension : une production locale en baisse, une demande électrique en hausse, et une dépendance structurelle au gaz naturel.
Dans ce contexte, les importations de gaz algérien s’imposent comme un facteur d’équilibre indispensable, permettant à la Tunisie d’assurer la continuité de sa production électrique et de limiter les déséquilibres de son système énergétique.
Ainsi, la tendance haussière des importations de gaz algérien, conjuguée à la montée de sa part dans l’approvisionnement national, confirme son rôle central dans la sécurité énergétique de la Tunisie en 2026.
