Choc d’offre au Moyen-Orient, paralysie partielle du détroit d’Ormuz et redistribution des cartes énergétiques : découvrez comment la hausse de la production de gaz en Algérie répond à l’effondrement de la demande mondiale.
L’année 2026 marque un tournant critique pour les marchés énergétiques mondiaux. Sous l’effet combiné de la guerre avec l’Iran et des perturbations majeures du trafic maritime, la demande mondiale de gaz naturel devrait reculer de 0,5 % cette année, pour s’établir à 4,28 billions (4 280 milliards) de mètres cubes.
Selon le récent rapport de l’Unité de recherche sur l’énergie basé à Washington, cette contraction de 20 milliards de mètres cubes constitue la troisième baisse annuelle en sept ans, après les crises de la Covid-19 en 2020 et le déclenchement de la guerre en Ukraine en 2022.
Mais au cœur de ce séisme géopolitique, un acteur tire magistralement son épingle du jeu : l’Algérie, dont la montée en puissance industrielle s’accélère pour pallier le déficit d’approvisionnement des marchés internationaux.
Paralysie du détroit d’Ormuz : le GNL mondial sous haute tension
Le conflit au Moyen-Orient a provoqué des ruptures d’approvisionnement sans précédent. Le transit d’environ 20 % du commerce mondial de gaz naturel liquéfié (GNL) via le détroit d’Ormuz a été brutalement interrompu. Malgré l’accord temporaire conclu à la mi-juin 2026 entre Washington et Téhéran pour une reprise progressive de la navigation, les dommages sont colossaux.
Entre mars et juin 2026, la production de GNL du Qatar (notamment sur le site hautement stratégique de Ras Laffan) et des Émirats arabes unis a chuté de 80 %, représentant une perte de 35 milliards de mètres cubes sur un an. Si les nouveaux projets en Amérique du Nord et en Afrique limitent la casse (+18 % de livraisons hors-Golfe), l’équilibre mondial reste précaire et dépend entièrement d’une réouverture totale du détroit au cours du troisième trimestre.
Face au recul de la consommation en Europe et en Asie, l’Algérie accélère
Cette rareté de l’offre a induit une hausse des prix qui frappe de plein fouet les grands bassins industriels :
- En Europe : La hausse des prix couplée à l’essor des énergies renouvelables fait reculer la demande de plus de 2 %.
- En Asie-Pacifique : La demande fléchit de 0,5 %, poussant les pays à se tourner vers d’autres combustibles comme le charbon.
- Au Moyen-Orient : La pénurie d’offre provoque une baisse historique de 4 % de la consommation locale, du jamais vu depuis 1993.
À l’inverse de cette tendance baissière, la production de gaz en Algérie affiche une santé de fer, portée par une dynamique de croissance robuste. En avril 2026, le géant nord-africain a extrait 8,447 milliards de m³ de gaz naturel, soit une progression remarquable de +7,1 % sur un an. Mieux encore, sur les quatre premiers mois de 2026, la production nationale cumulée a bondi de 5 %, atteignant 37,499 milliards de m³ selon les données du JODI.
Sécurisation des approvisionnements : le triomphe des gazoducs algériens
Bénéficiant de sa proximité stratégique avec l’Europe et de la vulnérabilité des routes maritimes du Golfe, l’Algérie s’impose comme le partenaire idéal pour les pays européens en quête de stabilité.
- Le transport par pipeline en pole position : Les exportations algériennes par gazoduc ont atteint 3,074 milliards de m³ en avril 2026 (contre 2,779 milliards un an plus tôt). Les pipelines algériens tournent à plein régime pour alimenter directement le Vieux Continent sans dépendre des aléas maritimes.
- Le sursaut spectaculaire du GNL algérien : Après un léger fléchissement technique en avril, le secteur du GNL a rectifié le tir en mai 2026. Les exportations algériennes de GNL ont bondi à 1,03 million de tonnes (environ 1,4 milliard de m³), signant leur meilleur score depuis sept mois.
Malgré un boom de sa consommation interne (+11,2 % en avril, tirée par le secteur de l’électricité qui absorbe 1,68 milliard de m³ et repose à 99 % sur le gaz), l’Algérie parvient à dégager des volumes exportables en hausse constante (+3,6 % d’exportations totales en avril).
Cap sur les 700 milliards de m³ de réserves : l’offensive de Sonatrach
Pour pérenniser ce statut de pivot énergétique mondial et profiter durablement de la redistribution des flux, la compagnie nationale Sonatrach multiplie les investissements d’envergure. L’Algérie attend actuellement les résultats de son deuxième grand appel d’offres de l’année, ciblant sept zones d’exploration pétrolière et gazière clés.
Après le succès du premier cycle de licences attribué à des majors internationales l’année dernière, l’objectif d’Alger reste clair : accélérer le développement de ressources hautement stratégiques estimées à 700 milliards de mètres cubes de gaz et 560 millions de barils de pétrole. Dans un monde en quête de sécurité énergétique, l’Algérie confirme son rôle de géant incontournable.
Résumé de la répartition de la demande régionale de gaz prévue en 2026 :
- Amérique du Nord : 1,18 billion m³ (Stable)
- Asie-Pacifique : 976 milliards m³ (En baisse de 0,5 %)
- Eurasie : 658 milliards m³ (En progression)
- Moyen-Orient : 615 milliards m³ (En baisse de 4 %)
- Europe : 506 milliards m³ (En baisse de plus de 2 %)
- Afrique : 180 milliards m³ (Stable)
- Amérique centrale et du Sud : 165 milliards m³ (En progression)
