La régime de Bamako en est à son crépuscule et vit probablement ces derniers jours, si ce n’est ces dernières heures.
En 48h seulement, la junte militaire au pouvoir et dirigée par le général Assimi Goita, s’est retrouvée au bord du précipice. Acculée de toutes parts et « lâchée » par les mercenaires de l’ex-force Wagner, rebaptisée « Africa Corp » et le Maroc, la junte de Goita ne tient pas qu’un à fil et c’est rien de le dire.
Ce dimanche 26 avril 2026, le ministre malien de la Défense Sadio Camara a été tué dans l’attaque de sa résidence à Kati, près de Bamako où une de ses épouses a également trouvé la mort. Le chef de la junte malienne, Assimi Goïta a lui été exfiltré et protégé dans un camp sécurisé alors qu’un autre général a lui été blessé et soigné dans une clinique de Bamako.
La veille, soit le samedi 25 avril, les combattants du Front de Libération de l’Azawad ( FLA) et après avoir pris la région de Kidal au nord du Mali, avaient atteint en fin de journée les abords immédiats de Bamako, notamment Kati — fief et lieu de résidence du général Assimi Goita. Des images circulant en ligne montraient un hélicoptère en opération au-dessus d’une ville du centre du pays, passée sous contrôle des assaillants.
L’« Union sacrée » du JNIM et du FLA
En effet, selon plusieurs sources, des jihadistes affiliés au groupe Jamaat Nousrat El Islam oual Mouslimin — plus connu sous l’acronyme JNIM ou Groupe de soutien à l’Islam et aux Musulmans — seraient à l’origine d’une partie des attaques. Parallèlement, le Front de Libération de l’Azawad (FLA) a revendiqué dès les premières heures la reprise de Kidal, ville emblématique du Nord malien.
Cette double revendication a alimenté les spéculations sur une éventuelle coordination entre les deux organisations, en dépit de leurs profondes divergences idéologiques.
Le JNIM est en effet issu de la transformation d’Ansar Eddine, le mouvement fondé par Iyad Ag Ghali, et s’inscrit dans une logique islamiste radicale. Le FLA, quant à lui, se revendique laïc et attaché au cadre républicain malien, bien que ses membres soient majoritairement d’origine touarègue et s’inscrivent dans une longue tradition de groupes rebelles, dont certains avaient signé l’Accord d’Alger en 2015.
Une offensive d’une ampleur inédite
Dès l’aube, des témoins rapportaient aux médias des tirs nourris dans plusieurs localités. Du Grand Nord — Kidal, Gao — jusqu’au centre du pays avec Mopti et Sévaré, des colonnes de combattants à bord de pick-up ont mené des assauts coordonnés contre des installations militaires. La simultanéité et la précision de ces attaques ont pris de court les forces armées maliennes, mais aussi les analystes spécialisés.
L’aéroport international de Bamako a été fermé en urgence. Les ambassades étrangères ont immédiatement recommandé à leurs ressortissants de ne pas quitter leurs domiciles. L’armée malienne, par la voix de sa porte-parole, a par ailleurs appelé la population à ne pas diffuser les vidéos des combats, les qualifiant de trompeuses et sans rapport avec la réalité du terrain.
Un régime fragilisé de l’intérieur
Cette offensive d’une ampleur inédite met brutalement en lumière les failles profondes du régime de Bamako. Alors que les autorités militaires communiquaient encore récemment sur leurs succès opérationnels contre les groupes armés, la réalité du terrain révèle une situation bien plus précaire.
Sur le plan politique, le général Goita s’est progressivement isolé : il a d’abord rompu avec les forces politiques qui l’avaient soutenu lors du coup d’État, avant de dissoudre les partis politiques et d’écarter les officiers supérieurs jugés trop indépendants, sous couvert de conspirations présumées.
Résultat : un pouvoir centré sur une seule personne, dont la politique étrangère s’est largement orientée vers le royaume du Maroc, séduit par des promesses d’investissements appuyés par les Émirats arabes unis — eux-mêmes aujourd’hui en grande difficulté économique en raison des conséquences du conflit avec l’Iran. Cette stratégie a également contribué à détériorer les relations avec les pays voisins, notamment l’Algérie, dont les tensions avec Bamako n’ont cessé de s’aggraver.
Le CFR de Mahmoud Dicko s’en mêle
Par ailleurs, dans un communiqué publié ce dimanche, la Coalition des forces pour la République (CFR) — organisation à laquelle est affilié l’influent imam malien en exil Mahmoud Dicko — a tiré la sonnette d’alarme, affirmant que le Mali se trouvait dans une situation de péril grave.
Le mouvement a vivement interpellé la junte au pouvoir, lui rappelant ses engagements initiaux : « Les dirigeants actuels avaient promis aux Maliens la sécurité, la stabilité et la restauration de l’autorité de l’État. Ce sont aujourd’hui ces mêmes symboles qui sont frappés de plein fouet. »
La CFR a poursuivi en dressant un tableau accablant de la situation sur le terrain : lorsque la capitale elle-même est prise pour cible, lorsque Kati est assaillie, lorsque Gao, Kidal, Mopti et Sévaré sont simultanément touchées, lorsque les populations vivent dans la terreur et que les soldats continuent de tomber au combat, il devient impossible de soutenir sérieusement que le Mali a retrouvé la paix ou la sécurité.
Un précédent alarmant : la crise des carburants
Ces événements rappellent une crise récente qui aurait dû servir d’avertissement. Entre septembre 2025 et janvier 2026, le JNIM avait imposé un blocus sur les principales voies d’approvisionnement en carburant du pays, plongeant Bamako dans une pénurie sévère pendant plusieurs mois. C’est finalement l’intervention de l’armée nigérienne qui avait permis de desserrer l’étau des jihadistes et de rétablir les flux d’approvisionnement.
Les attaques du jour s’inscrivent dans cette même logique de déstabilisation systématique — et soulèvent une question centrale : jusqu’où le Mali peut-il tenir face à une menace qui progresse, alors que son pouvoir politique semble plus préoccupé par sa propre survie que par la sécurité de sa population ?
