Lancé en 2014, le projet structurant de la pénétrante reliant Tizi-Ouzou à l’autoroute Est-Ouest via Djebahia (Bouira) subit un nouveau coup de frein brutal.
Ainsi, entre manque de financement, glissements de terrain et retards de livraison, cet axe de 46 km s’enlise dans une crise budgétaire qui menace sa finalisation.
32 milliards de DA font défaut…
En effet, le constat est sans appel : le projet tourne actuellement au ralenti. Plus des deux tiers des effectifs sont à l’arrêt, dans l’attente d’une bouffée d’oxygène financière. Selon M. Sidi Ali Youcef, Président de l’APW de Tizi-Ouzou, une enveloppe supplémentaire de 32 milliards de dinars est nécessaire pour achever les travaux.
Le Directeur des Travaux Publics (DTP) de la wilaya, intervenant lors de la session ordinaire du 22 avril, a été très clair : la livraison ne pourra intervenir qu’en 2028, à la condition sine qua non que cette réévaluation financière soit validée.
L’arbitrage final entre les mains de la Présidence
Ni les autorités locales, ni même le ministère de tutelle ne disposent des prérogatives pour débloquer une telle somme.
À l’instar de la tranche accordée en 2022, le sort de la pénétrante repose désormais sur une décision du Conseil des ministres, présidé par le Chef de l’État, Abdelmadjid Tebboune. Ce n’est qu’après cet arbitrage que les entreprises algéro-turques (Ozgun, Nurol, Engoa) pourront reprendre une cadence normale.
Points noirs techniques et défis géologiques
Si la modernisation des tunnels de Tizi Larbâa progresse, d’autres segments sont au point mort :
• Ouled Aissa : Un millier de pieux doivent être installés pour stabiliser une zone touchée par un glissement de terrain massif survenu le 25 février 2025.
• Retards contractuels : Initialement prévu pour une durée de 60 mois, le chantier entre dans sa 12e année. Un retard accumulé à cause des oppositions de propriétaires terriens, de la crise sanitaire du Covid-19 et des ruptures de financement.
• Urgence à Draâ El Mizan : Le centre-ville sous tension. L’enlisement du projet a des conséquences directes et dangereuses sur la sécurité routière.
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Faute de pénétrante, le centre-ville de Draâ El Mizan est quotidiennement traversé par des poids lourds et des semi-remorques transportant des matériaux de construction depuis Bouira.
Un danger permanent : Plusieurs accidents ont déjà été signalés, dont le dérapage d’un porte-char en début de semaine et un incident grave durant le mois de Ramadhan.
Les citoyens et les élus locaux lancent un cri d’alarme pour :
• Relancer le projet de contournement de la ville (lancé en 2011 !), dont il ne reste que 400 mètres à réaliser pour relier le CW 04 vers Frikat.
• Accélérer la pénétrante pour dévier définitivement le trafic de gros tonnage hors des zones urbaines.
Le raccordement total vers Djebahia, qui devait initialement être livré sous quatre mois après l’inauguration d’un tronçon de 5 km en novembre dernier par le ministre Abdelkader Djellaoui, reste pour l’heure un horizon lointain pour les usagers.
Au-delà des vœux pieux…
Pour rappel, l’actuel ministre des Travaux publics et infrastructures de base, Abdelkader Djellaoui, avait au mois de novembre 2025, exigé la mise en service immédiate des tronçons achevés et la finalisation rapide de la déviation, accordant un délai maximal de « quatre mois » aux entreprises. Six mois plus tard et en dépit des efforts des autorités locales et des élus pour lever les oppositions et débloquer certaines situations, la situation demeure inchangée.
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Au-delà des déclarations, la même question demeure : comment expliquer que des projets stratégiques échappent, année après année, à tout contrôle d’efficacité, de transparence et de délai ? À Tizi-Ouzou, comme presque partout dans le reste du pays où ce genre de projets sont lancés, les habitants ne comptent plus les discours : ils comptent les kilomètres réellement livrés.
