Alors que l’Afrique du Nord , dont l’Algérie panse ses plaies après une campagne 2024/2025 sévèrement touchée par la sécheresse, les perspectives de récolte pour la saison 2025/2026 affichent un net redressement.
Selon le dernier rapport « Crop Prospects and Food Situations» publié par la FAO, la production globale de blé de la région devrait atteindre 20 millions de tonnes, soit une progression de 15 % par rapport à l’an dernier.
Dans ce paysage en pleine mutation, l’Algérie se distingue. Si la FAO table sur une hausse solide de sa production à 3,5 millions de tonnes (+16 %), Alger voit beaucoup plus grand : le gouvernement maintient le cap ambitieux d’atteindre rapidement les 5 millions de tonnes pour garantir sa souveraineté alimentaire.
L’Algérie face au défi de l’autosuffisance : Pourquoi le cap des 5 millions de tonnes est crucial ?
L’Algérie est historiquement l’un des plus grands importateurs de blé au monde. Face à la volatilité des marchés mondiaux et aux tensions géopolitiques, la sécurité alimentaire est devenue une priorité absolue de l’État.
Pour s’affranchir de la dépendance aux importations, le gouvernement algérien a tracé une feuille de route claire : viser une production nationale de 5 millions de tonnes de blé.
Les leviers stratégiques pour atteindre cet objectif :
- L’essor de l’agriculture saharienne : Le Sud algérien (notamment les wilayas d’Adrar, de Timimoun et d’El Meniaa) s’impose comme le nouvel eldorado céréalier grâce à des cultures irriguées à haut rendement sous pivots.
- Le soutien massif de l’État : Subventions sur les engrais, fourniture de semences certifiées à haut rendement par l’OAIC (Office Algérien Interprofessionnel des Céréales) et facilitation de l’acquisition de matériel moderne.
- L’extension des capacités de stockage : Lancement d’un vaste programme de construction de nouveaux silos pour sécuriser les récoltes et limiter les pertes post-moisson.
Bien que la projection de la FAO pour 2026 s’établisse à 3,5 millions de tonnes grâce à un retour bienvenu de la pluviométrie, la dynamique enclenchée dans le Sud montre que le seuil des 5 millions de tonnes est désormais à portée de main à moyen terme.
Dynamique régionale : Le Maroc rebondit, l’Égypte franchit un palier historique
Si l’Algérie accélère ses réformes, ses voisins nord-africains affichent également des trajectoires notables, bien que contrastées.
Maroc : Un rebond spectaculaire après la sécheresse
Après avoir été durement éprouvé par le manque d’eau, le Maroc devrait enregistrer la plus forte croissance de la région. Sa récolte de blé est attendue à 5 millions de tonnes en 2026, soit un bond de près de 43 % sur un an, favorisé par une meilleure répartition des pluies.
Égypte : Le seuil historique des 10 millions de tonnes dépassé
L’Égypte confirme son statut de géant agricole régional en franchissant pour la première fois le cap des 10,2 millions de tonnes (+7 %). Ce succès repose sur :
- L’extension des surfaces cultivées (1,58 million d’hectares).
- La généralisation de techniques modernes (nivellement laser, agriculture en terrasses) sur 75 % des terres.
- Une politique incitative forte, avec un prix d’achat garanti rehaussé à 2 500 livres égyptiennes par ardeb (150 kg).
À l’inverse, la Tunisie et la Libye peinent encore à redresser la barre et s’attendent à une baisse de leur production locale pour cette campagne.
Réduire la facture d’importation : L’enjeu majeur de 2026
L’Afrique du Nord demeure la première région importatrice de blé sur le continent africain, avec une moyenne de 25 millions de tonnes importées par an sur la période 2020-2025.
Chaque tonne de blé produite localement en Algérie ou chez ses voisins permet non seulement d’alléger la facture en devises étrangères, mais renforce également la résilience économique des États face aux fluctuations des cours mondiaux.
L’amélioration globale de la production locale pour la campagne 2025/2026 est une excellente nouvelle pour les balances commerciales de la région. Pour l’Algérie, l’accélération vers l’objectif des 5 millions de tonnes n’est plus seulement une ambition agricole, c’est un impératif géopolitique et économique en passe de devenir réalité.
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