Face à la plainte déposée par le Syndicat national des praticiens de santé publique (SNPSP) auprès de l’ANIRAV, le réalisateur de la série ramadanesque El Mouhajir, Yanis Koussim, a brisé le silence.
Ainsi, entre ironie mordante et défense de la liberté de création, il répond aux accusations d’atteinte à la dignité du corps médical.
En effet, le climat social s’électrise autour des productions de Ramadan. Cette fois, c’est la série « El Mouhadjir » qui est dans l’œil du cyclone après qu’une séquence, censée se dérouler à l’hôpital de Kouba (Alger), a provoqué l’ire des blouses blanches. On y voit un médecin adopter un comportement de harcèlement envers une patiente dans l’exercice de ses fonctions. Un portrait jugé « dégradant » et « contraire à l’éthique » par le syndicat dirigé par le Dr Lyes Merabet.
L’offensive par l’humour noir
Loin de s’excuser, Yanis Koussim a choisi les réseaux sociaux pour une contre-offensive cinglante. Sur son compte Facebook, le réalisateur a interpellé les praticiens sur les maux réels du secteur : « Et si vous vous concentriez plutôt sur l’état des sanitaires dans vos services, les odeurs nauséabondes ou la nourriture qui donne la nausée ? Ne serait-ce pas préférable ? » a-t-il lancé.
Usant de la métaphore et de l’humour noir, Koussim a comparé la situation à la fiction internationale : « Quand le ballon de Captain Majed reste suspendu en l’air pendant un épisode entier, la Fédération de football ne porte pas plainte. Quand des livres évoquent des licornes ou des phénix, aucune association de zoologie ne s’en étonne. »
Pour le réalisateur, la différence réside dans la capacité à distinguer le réel de la fiction. Il cite notamment les séries américaines cultes comme Dr House ou Urgences, truffées d’erreurs médicales et de comportements anti-déontologiques, mais qui ne subissent aucune pression de la part des médecins locaux, car ces derniers « comprennent qu’il s’agit de fiction ».
Une opinion publique divisée
Sur la toile, le débat fait rage. Si une partie des internautes dénonce un contenu jugé « trivial » ou « attentatoire à la pudeur » en plein mois sacré, une majorité semble soutenir la liberté artistique. Pour ces derniers, la série ne vise pas à salir la réputation des médecins, mais à traiter de phénomènes sociaux — certes tabous — qui existent bel et bien.
Le rappel à l’ordre du syndicat
De son côté, le SNPSP reste sur ses positions. Dans sa plainte adressée au président de l’Autorité de régulation de l’audiovisuel (ANIRAV ), le syndicat concède que des « comportements isolés et inacceptables » peuvent exister, mais refuse catégoriquement ce qu’il qualifie de « marketing du vice ». Selon le Dr Merabet, l’utilisation de la fonction médicale pour mettre en scène de tels agissements porte un préjudice direct à la noblesse de la profession.
