Face à une hausse vertigineuse des prix des légumes, et en particulier de la tomate, les pouvoirs publics passent à la vitesse supérieure.
Ainsi et alors que l’indignation gagne du terrain chez les consommateurs — certains allant jusqu’à appeler, de manière anonyme sur les réseaux sociaux, à un boycott des légumes — le gouvernement tente de reprendre la main en annonçant une série de mesures destinées à stabiliser le marché et à soutenir la production nationale.
Mahdi Oualid et Abdellatif font cause commune
En effet c’est dans ce contexte tendu qu’une rencontre nationale consacrée à la filière tomate s’est tenue ce lundi, réunissant le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche, Yacine El Mahdi Oualid, et la ministre du Commerce intérieur et de la Régulation du marché, Amal Abdellatif.
Autour de la table, des cadres des deux secteurs, des producteurs et des transformateurs issus de 31 wilayas, ainsi que le président de la Chambre nationale d’agriculture.
Déséquilibres…
Si la filière tomate affiche ces dernières années des résultats encourageants — avec une nette réduction des importations, notamment pour la tomate industrielle — cette dynamique positive peine à contenir les tensions sur les prix. La flambée observée récemment met en lumière les fragilités persistantes du marché, notamment en matière de distribution et de régulation.
Conscient de ces déséquilibres, le ministre de l’Agriculture a insisté sur l’impératif de maintenir les efforts pour garantir une offre suffisante et éviter les perturbations conjoncturelles. De son côté, la ministre du Commerce a mis l’accent sur l’urgence de renforcer les mécanismes de contrôle et de lutter contre les pratiques spéculatives qui alimentent la hausse des prix.
Les trois axes d’une riposte globale
Ainsi, parmi les principales décisions annoncées figure la préparation d’un nouveau décret exécutif visant à faciliter l’accès à la carte d’agriculteur. Cette mesure ambitionne d’élargir le nombre d’investisseurs dans la filière et de stimuler la production nationale.
Les autorités entendent également encourager la structuration des producteurs en coopératives agricoles.
L’objectif est clair : améliorer leur pouvoir de négociation, optimiser les circuits de commercialisation et mieux organiser l’approvisionnement du marché.
Autre chantier stratégique : le développement de la production locale de semences hybrides. En réduisant la dépendance aux importations, cette initiative devrait permettre de diminuer les coûts de production et, à terme, de peser sur les prix à la consommation.
Le dispositif prévoit en outre la mise en place de mécanismes de financement et d’assurance adaptés aux spécificités de la filière, ainsi que la création de zones industrielles dédiées à la transformation des produits agricoles, sous l’impulsion de l’Agence nationale de promotion de l’investissement.
Des contraintes persistantes sur le terrain
Lors de cette rencontre, les professionnels n’ont pas manqué de faire entendre leurs préoccupations. Accès au foncier agricole, disponibilité de l’eau d’irrigation, difficultés de financement, manque de main-d’œuvre ou encore impact du changement climatique : autant de défis qui freinent le développement de la filière. Les questions liées à la commercialisation et à l’importation des intrants ont également été soulevées, avec des propositions concrètes pour améliorer l’organisation du marché et limiter les fluctuations excessives des prix.
Rétablir la confiance du consommateur
Au-delà des annonces, l’enjeu est désormais de restaurer la confiance des consommateurs, durement éprouvée par la flambée des prix. Les appels au boycott, bien que non structurés, traduisent un malaise réel et une perte de repères face à un marché jugé instable.
Les deux ministres ont ainsi réaffirmé leur volonté d’inscrire ces mesures dans une approche globale et concertée, impliquant l’ensemble des acteurs de la chaîne, du producteur au distributeur.
Reste désormais une question centrale : ces mesures se traduiront-elles concrètement sur le terrain et permettront-elles, dans des délais raisonnables, de faire baisser les prix et apaiser la colère des consommateurs ?
