À l’occasion du 46ᵉ anniversaire du Printemps amazigh (Printemps berbère), la formation politique de Jil Jadid, présidée par le Dr Lakhdar Amokrane livre une lecture politique et historique de cet événement fondateur.
Ainsi, entre devoir de mémoire, exigence démocratique et appel à l’unité nationale, cette tribune interroge le présent et trace des perspectives pour l’avenir de l’Algérie.
Une rupture historique et fondatrice
En effet, Jil Jadid via son président, estime que le 20 avril 1980 « n’est pas seulement un souvenir », mais « une rupture ». Il souligne qu’il s’agit d’ « une étincelle qui a réveillé les consciences et ouvert une brèche dans un système politique fermé à la pluralité ».
À travers cette mobilisation, explique-t-il, des citoyens ont porté « une exigence simple mais essentielle : le droit à l’expression, le droit à l’identité, le droit à la dignité ».
Une identité plurielle assumée
Par ailleurs, le président de Jil Jadid insiste sur la dimension mémorielle de cette date. Le 20 avril est aussi, selon lui, « un moment de recueillement et de mémoire ». Il rend hommage aux victimes, notamment celles du Printemps noir de 2001, rappelant que « 126 de nos concitoyens ont perdu la vie, dans des conditions absurdes et injustes ». Une mémoire qui, affirme-t-il, « nous oblige ».
De plus, Dr Lakhdar Amokrane met en avant la richesse identitaire de l’Algérie. Il rappelle que le pays est « le fruit d’une histoire riche et d’une géographie singulière », au carrefour de plusieurs espaces. Dans cette optique, il affirme clairement : « L’Amazighité, l’Islam et l’Arabité ne s’opposent pas : elles coexistent, interagissent et construisent ensemble notre être collectif ». Une diversité qui doit, selon lui, être inscrite dans « un projet moderne, ouvert, tourné vers le savoir, la liberté et le progrès ».
Une exigence démocratique incontournable
Cependant, pour M. Lakhdar Amokrane, la question centrale reste politique. « La véritable question n’est pas identitaire. Elle est politique », tranche-t-il. Il estime que « la construction démocratique de l’État algérien reste une exigence historique » et met en garde contre « toutes les tentations autoritaires » qui ne sont, selon lui, que des freins à une évolution inévitable. « Aucune société ne peut être durablement contenue dans le déni de ses libertés », insiste-t-il, rappelant qu’« un peuple ne renonce ni à son identité, ni à son avenir ».
La culture, l’école et la religion…
Dans cette perspective, il accorde une place centrale à la culture. Pour lui, elle doit « irriguer l’école, structurer l’espace public et nourrir le débat politique ».
Il appelle ainsi à « revaloriser notre histoire, transmettre notre diversité, encourager la création et libérer l’intelligence collective », tout en plaidant pour une réforme profonde du système éducatif et une lutte active contre « toutes les formes d’obscurantisme ». En outre, Dr Lakhdar Amokrane met en garde contre l’instrumentalisation de la religion. Il rappelle que l’Islam, « vécu par la majorité des Algériens comme une source de valeurs et d’élévation », ne doit pas être détourné.
Lorsqu’il l’est, prévient-il, il devient « un outil de domination » et constitue « un danger pour la cohésion nationale et pour les libertés ».
Une responsabilité politique face à l’histoire
Par conséquent, il insiste sur le fait que la reconnaissance de Tamazight « n’est pas un aboutissement en soi, mais une étape dans une lutte plus large, celle de l’État de droit ».
Sans « libertés », sans « justice indépendante » et sans « institutions légitimes », estime-t-il, ces avancées restent incomplètes. Aujourd’hui, dans un contexte électoral, Dr Lakhdar Amokrane appelle à la responsabilité. Il souligne qu’il est impératif de « ne pas instrumentaliser la mémoire » et de « traduire ses enseignements en choix politiques concrets ».
Il rappelle également que le 20 avril « n’appartient ni à un courant, ni à une région, ni à une génération », mais à toute l’Algérie. En conclusion, Dr Lakhdar Amokrane lance un appel clair à l’unité nationale. Il affirme : « C’est par la fraternité et l’union que nous existerons et que nous avancerons. » Et il conclut dans la langue d’El Moutanabi
« بالأخوة والاتحاد نكون، ونبني المستقبل. »
