À l’approche de la commémoration du 28e anniversaire de l’assassinat de Matoub Lounès, la ville de Draâ El Mizan (sud-ouest de Tizi-Ouzou) vibre au rythme de la mémoire.
Ainsi, vingt-sept ans après son inauguration, le monument dédié au Rebelle s’offre une seconde jeunesse grâce à l’engagement d’une nouvelle génération d’artistes.
Un monument historique qui retrouve ses couleurs à Tala Bounane
Érigée un an seulement après le lâche assassinat du chantre de l’amazighité — survenu le 25 juin 1998 sur la route de Taourirt Moussa —, la stèle de Draâ El Mizan commençait à subir les outrages du temps. Face au ravissement des couleurs de ce monument hautement symbolique situé à l’entrée de la ville, la jeunesse locale a décidé de prendre les devants.
Munis de pinceaux et de pots de peinture, de jeunes artistes se sont attelés à rénover l’effigie du poète sur les deux faces du monument. Un geste fort, d’autant plus que ces peintres n’étaient même pas nés lorsque le Rebelle est parti.

« C’est le retour de Lounès dans cette ville qu’il aimait beaucoup. Il a chanté dans nos villages au début de sa carrière et comptait de nombreux amis ici. Dans ses textes, il n’a jamais manqué de rendre hommage aux figures de la révolution, comme le colonel Krim Belkacem », confie avec émotion un ancien membre du Mouvement Culturel Berbère (MCB).
Matoub Lounès : Une légende vivante pour la nouvelle génération
Près de trois décennies après sa disparition, l’héritage de Matoub reste intact en Kabylie. Sa voix rauque et ses textes engagés continuent de résonner dans le quotidien des Algériens : dans les cafés, les transports publics et les fêtes de village.
Pour la jeunesse de Draâ El Mizan, cette action de rénovation est une manière de perpétuer le combat pour l’identité Tamazight, la démocratie et la liberté d’expression.
- « Je n’ai pas connu Lounès, mais mes aînés m’ont transmis son histoire », explique un jeune artiste, pinceau à la main.
- « Pour notre génération, c’est une légende vivante. Même les plus petits fredonnent ses chansons. Redonner de l’éclat et de l’âme à son effigie, c’est notre façon de le faire vivre. Il ne sera jamais oublié. »
Le combat pour la vérité continue en Kabylie
Cette année, le traditionnel dépôt de gerbe de fleurs au piédestal du monument n’a pas pu se tenir le 25 juin, la date ayant coïncidé avec la campagne électorale des législatives du 2 juillet. Cependant, la ferveur et la détermination des fans et du mouvement associatif restent intactes.
Les militants se préparent déjà à honorer la mémoire du Rebelle à travers deux grands rendez-vous : en janvier prochain pour l’anniversaire de sa naissance, puis en juin pour commémorer son sacrifice. Vingt-huit ans après le drame, une revendication essentielle continue de mobiliser sa famille et ses milliers de supporters : connaître enfin toute la vérité sur sa mort.
