Le marché mondial de l’hélium traverse une zone de turbulence. La suspension de la production de gaz naturel liquéfié (GNL) au Qatar, conséquence directe de l’escalade militaire entre les États-Unis, Israël et l’Iran, a ravivé les inquiétudes autour de la stabilité des chaînes d’approvisionnement internationales.
Ainsi et dans ce contexte incertain, l’Algérie apparaît comme l’un des rares acteurs capables de contribuer à atténuer les perturbations, notamment pour le marché européen de l’hélium.
Le Qatar à l’arrêt !
En effet, les tensions se sont accentuées au début du mois de mars 2026 lorsque la compagnie qatarie QatarEnergy a annoncé l’arrêt de la production de GNL et de produits associés dans ses grands complexes industriels de Ras Laffan et Mesaieed. Cette décision fait suite à des attaques de drones ayant ciblé certaines installations énergétiques.
Le 2 mars dernier, l’entreprise a suspendu ses activités, avant de déclarer deux jours plus tard un cas de force majeure vis-à-vis de ses clients. Malgré cette situation, la compagnie assure maintenir un dialogue permanent avec ses partenaires commerciaux.
Dans une interview accordée au Financial Times, le directeur général de QatarEnergy, Saad bin Sherida Al-Kaabi, a indiqué que la reprise de la production dans les installations arrêtées dépendrait directement de l’évolution du conflit.
Tant que les hostilités ne seront pas totalement terminées, un redémarrage complet reste peu probable. Des inspections sont actuellement menées afin d’évaluer l’état des infrastructures. Même dans l’hypothèse d’une reprise rapide, le retour à la pleine capacité pourrait prendre plusieurs semaines, ce qui alimente les inquiétudes du secteur.
Au-delà de la production, un autre défi majeur se profile pour l’industrie de l’hélium : celui du transport. Les perturbations logistiques pourraient en effet prolonger les tensions sur le marché.
L’Algérie, un acteur stratégique potentiel
Dans ce contexte fragile, l’Algérie pourrait jouer un rôle important pour compenser une partie du déficit d’approvisionnement mondial, en particulier en direction de l’Europe. C’est ce que souligne notamment la plateforme spécialisée Attaqa, qui estime que le pays dispose d’atouts significatifs pour soutenir le marché.
La capacité de production d’hélium de l’Algérie est estimée à près de 50 millions de mètres cubes par an. Un niveau qui place le pays au troisième rang mondial, derrière les États-Unis (194 millions de m³) et le Qatar (72 millions de m³).
L’hélium algérien est récupéré lors du processus de liquéfaction du gaz naturel, principalement dans les installations alimentées par le gaz provenant du gigantesque gisement de Hassi R’mel, l’un des plus importants champs gaziers de la planète.
Des réserves importantes
Sur le plan des ressources, l’Algérie figure également parmi les pays les mieux dotés. Selon les estimations les plus récentes fondées sur les données de la United States Geological Survey, les réserves mondiales d’hélium sont évaluées à environ 52 milliards de mètres cubes.
La répartition des principaux détenteurs de ces réserves se présente comme suit :
• États-Unis : 20,6 milliards de m³
• Qatar : 10,1 milliards de m³
• Algérie : 8,2 milliards de m³
• Russie : 6,8 milliards de m³
• Canada : 2 milliards de m³
• Chine : 1,1 milliard de m³
Ces chiffres confirment le poids stratégique de l’Algérie dans ce marché très spécifique.
Une opportunité pour Alger
Face aux perturbations potentielles du marché mondial, plusieurs analystes estiment que l’Algérie pourrait renforcer sa présence dans le commerce international de l’hélium, notamment auprès des pays européens qui cherchent à diversifier leurs sources d’approvisionnement.
Ce gaz rare joue un rôle essentiel dans de nombreux secteurs, allant de la médecine à l’industrie spatiale, en passant par l’électronique et la recherche scientifique. Dans un contexte marqué par l’instabilité géopolitique, la sécurisation des approvisionnements devient donc un enjeu stratégique.
La crise actuelle pourrait ainsi ouvrir une nouvelle fenêtre d’opportunité pour l’Algérie. Déjà reconnue comme un acteur majeur du gaz naturel, le pays pourrait également consolider sa place sur le marché mondial de l’hélium.
