Alors que le ministère de l’Éducation nationale affine ses arbitrages pédagogiques pour l’horizon 2026-2027, l’Association des Oulémas Musulmans Algériens alerte contre les « dérives idéologiques » qui polluent le débat public.
Entre réforme des langues et ajustements des programmes, l’institution appelle à recentrer les priorités sur la qualité de l’enseignement et le pragmatisme scientifique.
Un appel ferme à dépolitiser les choix pédagogiques
L’annonce des nouvelles orientations stratégiques pour la rentrée 2026-2027 a rapidement ravivé les clivages idéologiques au sein de la société algérienne. Face aux surenchères médiatiques et aux controverses sur les réseaux sociaux, l’Association des Oulémas Musulmans Algériens est sortie de sa réserve à travers un communiqué incisif.
Tout en apportant son soutien aux mesures visant à moderniser l’école publique et à consolider ses fondements nationaux, l’organisation fixe une frontière nette entre la réflexion académique et la joute politique.
« Les divergences en matière de pédagogie relèvent de l’effort d’analyse et de concertation (ijtihad), et non d’une querelle de valeurs ou de foi. Il est inacceptable d’instrumentaliser l’école pour contester le patriotisme ou les compétences des acteurs du secteur », rappelle le communiqué.
Enseignement des langues : Entre socle identitaire et pragmatisme scientifique
Au centre des discussions figure le calendrier d’apprentissage des langues au primaire, marqué par le report de l’enseignement du français à la 4e année primaire et le maintien de l’anglais dès la 3e année.
| Langue | Statut selon l’Association | Orientation pédagogique |
|---|---|---|
| Arabe | Socle identitaire majeur | Langue nationale non négociable, hors de portée des arbitrages conjoncturels. |
| Anglais & Français | Outils d’ouverture scientifique | Acquis académiques à exploiter selon les besoins réels du développement national. |
L’Association refuse le piège du fétichisme linguistique comme celui du rejet dogmatique :
- D’un côté, elle dénonce la tendance à ériger la maîtrise d’une langue étrangère en critère unique de modernité ou de civilisation.
- De l’autre, elle condamne fermement le fait de considérer l’apprentissage d’une langue étrangère comme une atteinte au patriotisme.
Philosophie et esprit critique : Priorité à la méthode pédagogique
Sur le dossier controversé de la place de la philosophie dans le cycle secondaire, l’Association des Oulémas recadre l’enjeu. Face aux rumeurs de marginalisation de la discipline, elle rappelle que la formation du sens critique ne dépend pas de la simple présence d’un volume horaire sur un emploi du temps.
Selon l’organisation, la réflexion méthodologique doit prévaloir sur les querelles de répartition horaire : l’esprit critique de l’élève se forge d’abord par la rigueur scientifique des enseignants et la qualité des contenus dispensés, plutôt que par une bataille de quotas disciplinaires.
Rejet des dérives médiatiques et instrumentalisation de la mémoire
Le communiqué pointe également la détérioration de la qualité du débat public, alimentée par la décontextualisation des déclarations officielles, la diffusion de rumeurs et les attaques ad hominem. L’Association met en garde contre deux dérivations majeures :
- L’instrumentalisation de la mémoire nationale : Invocation excessive des traumatismes historiques à des fins de pression dans des arbitrages scolaires quotidiens.
- Le glissement vers le harcèlement moral : Réagissant à de récents incidents viraux sur les réseaux sociaux concernant la tenue de jeunes enfants, l’instance rappelle que la protection de l’enfance et la défense des valeurs morales ne sauraient justifier la diffamation ou les invectives publiques.
En appelant à la sérénité et à la vérification des faits, l’Association des Oulémas Musulmans Algériens exhorte les décideurs et l’opinion publique à préserver l’école algérienne des luttes de factions, afin de garantir un cadre éducatif stable et axé sur la réussite des élèves.
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