Avec 8,7 millions de tonnes de capacités opérationnelles par an, l’Algérie s’impose comme la troisième puissance sidérurgique du monde arabe, derrière l’Égypte et l’Arabie saoudite.
Une position stratégique que le pays entend transformer en véritable levier de souveraineté industrielle, à l’heure où la demande mondiale en acier vert s’accélère.
L’Algérie, 3ᵉ producteur d’acier arabe avec 8,7 Mt/an
En effet, les chiffres du dernier rapport de l’Unité de recherche sur l’énergie, basée à Washington, sont sans ambiguïté : l’Algérie totalise 8,7 millions de tonnes par an de capacités sidérurgiques opérationnelles, intégralement basées sur la technologie des fours à arc électrique (FAE).
Ce positionnement place le pays au troisième rang du classement arabe, derrière l’Égypte (15,6 Mt/an) et l’Arabie saoudite (12 Mt/an), et devant les Émirats arabes unis (5,1 Mt/an) et le Maroc (3,3 Mt/an). Les dix premiers pays arabes réunis atteignent une capacité combinée de plus de 59 millions de tonnes par an, représentant environ 2,7 % des capacités mondiales, estimées à 2,216 milliards de tonnes selon la plateforme Global Energy Monitor.
Un choix technologique aligné sur les tendances mondiales
L’atout décisif de la sidérurgie algérienne réside dans sa technologie : le four à arc électrique. À l’échelle mondiale, cette filière ne représente encore que 34 % des capacités totales (727 millions de tonnes), contre 66 % pour les fours à oxygène basique alimentés au charbon (1,44 milliard de tonnes). Mais la dynamique s’inverse rapidement.
Sur les cinq dernières années, les capacités des FAE ont progressé à un rythme annuel de 12,8 %, contre seulement 2,6 % pour les fours à oxygène basique. En 2026, les FAE ont encore gagné 28 millions de tonnes de capacités supplémentaires à l’échelle planétaire, tandis que les fours au charbon reculaient de 21 millions de tonnes. L’Algérie, qui mise 100 % sur les fours électriques, est donc structurellement positionnée dans la filière d’avenir — celle qui répond aux exigences de décarbonation de l’industrie mondiale et aux normes de l’acier à faible empreinte carbone.
Un marché mondial dominé par la Chine, une fenêtre d’opportunité pour l’Algérie
La production mondiale d’acier reste massivement concentrée : la Chine domine avec 1,073 milliard de tonnes, soit 48 % du total mondial. Suivent l’Inde (140 Mt), les États-Unis (111 Mt) et le Japon (106 Mt). La Chine contrôle également 61 % des capacités mondiales en fours à oxygène basique.
Cette hyper-concentration ouvre, paradoxalement, des opportunités pour des marchés émergents comme l’Algérie. La diversification géographique des capacités en FAE — réparties entre la Chine, les États-Unis, la Turquie et l’Iran — illustre que ce segment est encore contestable, contrairement aux fours au charbon verrouillés par Pékin. Pour l’Algérie, qui dispose d’énergie électrique en cours de développement massif et d’une demande intérieure soutenue par les chantiers de construction et d’infrastructure, les conditions structurelles d’une montée en puissance sont réunies.
Perspectives : de la capacité installée au leadership régional
La question n’est plus de savoir si l’Algérie a la masse critique en sidérurgie — elle l’a. L’enjeu est désormais de convertir ces 8,7 millions de tonnes en production effective, en valeur ajoutée exportable et en indépendance vis-à-vis des importations de produits sidérurgiques transformés.
Plusieurs leviers sont identifiables :
- Intégration verticale de la chaîne : renforcer la production de produits laminés, de tubes et de structures métalliques à forte valeur ajoutée, au lieu d’exporter des demi-produits.
- Accès aux marchés africains : avec la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), l’Algérie peut s’imposer comme fournisseur naturel pour les marchés subsahariens en fort besoin d’infrastructures.
- Acier vert comme argument d’export : la base FAE constitue un avantage compétitif majeur à l’heure où les acheteurs européens sont soumis au mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF/CBAM) de l’UE. Un acier électrique algérien peut prétendre à une prime verte sur les marchés d’export.
- Partenariats technologiques : des coopérations avec des groupes sidérurgiques turcs, espagnols ou émiratis pourraient accélérer la montée en gamme technologique et l’accès à de nouveaux marchés.
En somme, l’Algérie n’est pas un acteur marginal de la sidérurgie arabe : elle en est le troisième pilier. Sa base technique — entièrement électrique — la place du bon côté de la transition industrielle mondiale. Il reste à transformer cette infrastructure en stratégie d’exportation offensive et en politique industrielle intégrée. Le potential existe, la fenêtre d’opportunité, aussi.
