L’Algérie franchit un cap historique dans sa stratégie de diversification économique. Réunis en coordination intersectorielle ce jeudi 18 juin 2026, les principaux ministres du gouvernement ont acté l’entrée en phase d’essais techniques de l’unité de traitement primaire de Gara Djebilet.
Il s’agit là d’une étape décisive qui marque le lancement effectif de ce mégaprojet minier, destiné à transformer durablement le secteur de la sidérurgie en Algérie.
Un gisement colossal pour nourrir la sidérurgie algérienne
Avec des réserves estimées à plus de 3,5 milliards de tonnes de minerai de fer, la mine de Gara Djebilet (Tindouf) n’est plus un projet d’avenir : elle devient le moteur immédiat de la souveraineté industrielle du pays.
Sous la direction de Mohamed Arkab, ministre d’État et ministre de l’Énergie, des Mines et des Énergies renouvelables, la réunion intersectorielle a mis en lumière un indicateur crucial : l’unité de traitement primaire du minerai est achevée à plus de 95 %. Les essais techniques sont en cours, ouvrant la voie à une exploitation commerciale à très court terme.
L’objectif de l’État : Intégrer progressivement ce minerai local au cœur du tissu industriel national pour alimenter les hauts fourneaux algériens et réduire définitivement la dépendance aux importations de matières premières.
Le transport et la transformation : Les deux piliers de la chaîne de valeur
Pour acheminer cette richesse du Sud-Ouest vers les centres névralgiques du Nord, le gouvernement accélère sur la logistique et les partenariats industriels.
• La ligne ferroviaire minière de l’Ouest : Reliant Gara Djebilet à Tindouf et Béchar, cette voie ferrée devient la colonne vertébrale logistique du projet. Les ministres ont insisté sur l’augmentation progressive de ses capacités pour garantir un flux continu de minerai.
• Le complexe de Béchar (Toumiat) : Fruit d’un partenariat stratégique entre le groupe public Feral et Tosyali Algérie, ce site produira des concentrés de fer, augmentant drastiquement la valeur ajoutée du minerai brut.
• Le mégaprojet de Bethioua (Oran) : Un nouveau complexe sidérurgique y est développé pour absorber la hausse de production de Gara Djebilet et la transformer en fer et en acier de haute qualité.
Quelles perspectives pour l’Algérie sur le marché mondial de l’acier ?
L’intégration de Gara Djebilet change radicalement la donne pour la sidérurgie en Algérie. En connectant directement la mine aux géants transformateurs comme Tosyali ou le complexe d’El Hadjar, le pays crée une chaîne de valeur 100 % locale.
En alignant l’extraction minière, le rail et la métallurgie, l’Algérie s’assure non seulement une autosuffisance en acier, mais se positionne également comme un exportateur majeur de produits sidérurgiques sur les marchés africains et méditerranéens. Un pas de géant pour l’après-pétrole.
Feraal-Tosyali : un partenariat en acier
Par ailleurs, le partenariat entre le groupe public Feraal (Entreprise nationale de fer et de l’acier, filiale du groupe Sonarem) et le sidérurgiste algéro-turc Tosyali Algérie pour l’usine de Béchar repose sur des objectifs de production précis et un plan financier hautement stratégique pour l’économie nationale. Tout d’abord, le montant de l’investissement : il représente une enveloppe financière estimée entre 120 et 150 millions de dollars (environ 150 millions d’euros).
Ensuite, dès sa mise en production, l’usine doit permettre à l’Algérie de réaliser une économie de 60 millions de dollars par an en substituant l’importation de matières premières par du fer enrichi localement. Dans ce sillage, les dirigeants de Tosyali ont précisé que cet investissement initial est conçu pour être étendu à l’avenir afin d’accompagner la montée en puissance du gisement de Gara Djebilet.
Enfin, ce partenariat répond directement à l’augmentation des capacités de production de Tosyali en Algérie.
Les besoins globaux en fer du complexe sidérurgique de Bethioua (Oran) doivent doubler pour atteindre 8 millions de tonnes par an, notamment pour alimenter sa nouvelle extension dédiée à la production d’aciers plats. Le concentré de fer produit à Béchar sera ainsi acheminé par transport routier puis ferroviaire pour sécuriser directement les lignes de production de Tosyali à Oran, consolidant l’intégration de toute la filière sidérurgique algérienne.
