Avec 5 821 quintaux récoltés cette saison contre 4 029 la précédente, la wilaya de Tizi-Ouzou confirme sa place de premier rang dans la filière liège en Algérie. Derrière ces chiffres, une stratégie forestière structurée et des débouchés industriels en pleine expansion.
Ainsi, la progression est nette : +44 % en un an. Elle ne résulte pas d’une simple année favorable, mais du retour à un système de quotas réglementés conçu pour stabiliser la production autour de 5 000 quintaux annuels de façon durable. Tizi-Ouzou dépasse déjà ce seuil, tout en restant dans des volumes compatibles avec la régénération naturelle des forêts.
23 000 hectares de chêne-liège, un capital naturel stratégique
La prochaine campagne de récolte mobilisera 20 circonscriptions forestières réparties dans 12 forêts de la wilaya. L’opération est confiée à l’entreprise régionale de génie rural Djurdjura, qui assurera la main-d’œuvre saisonnière. Avant tout prélèvement, des inspections terrain et des tests de maturité des arbres sont réalisés pour garantir que l’écorce est extraite sans dégrader le couvert forestier.
Tizi-Ouzou abrite près de 23 000 hectares de forêts de chêne-liège, ce qui en fait l’une des wilayas les mieux dotées d’Algérie dans cette ressource. Ces massifs sont exploités selon des cycles rigoureux de 9 à 12 ans par lot, une rotation qui permet de maintenir la productivité des arbres sur le long terme tout en limitant les risques phytosanitaires et les départs de feu.
Ce modèle d’exploitation par rotation n’est pas qu’une précaution écologique : il constitue le fondement d’une filière prévisible, capable d’honorer des commandes industrielles régulières.
Du massif forestier à l’usine : des débouchés industriels diversifiés
Le liège kabyle ne finit pas uniquement en bouchon de bouteille. La matière première alimente plusieurs segments industriels :
- Bouchonnerie : usage traditionnel dominant
- Isolation thermique : secteur en croissance dans le bâtiment algérien
- Revêtements de sol et matériaux de construction durables : applications plus récentes à fort potentiel
- Décoration intérieure : niche en développement
Dans un contexte où l’Algérie cherche à réduire ses importations de matériaux de construction et d’isolants, le liège local représente une alternative crédible et déjà disponible à l’échelle industrielle.
Une première : la collecte hors saison pour ne rien perdre
Innovation notable cette année : la Conservation des forêts de Tizi-Ouzou a lancé la première opération de récupération du liège hors saison de récolte. L’objectif est de valoriser les volumes disponibles dans les massifs en dehors des fenêtres habituelles, notamment le liège issu d’arbres morts ou tombés et les résidus des travaux sylvicoles.
Résultat : 248 quintaux supplémentaires collectés, qui auraient autrement été perdus. Une démarche qui améliore la rentabilité globale du secteur et augmente les volumes commercialisables sans pression supplémentaire sur les arbres vivants.
En somme, la filière liège de Tizi-Ouzou cumule aujourd’hui tous les atouts d’une ressource stratégique : base forestière étendue, gestion durable, industries de transformation en aval et initiatives d’optimisation inédites. Il reste à structurer une chaîne de valeur intégrée qui permettrait à la wilaya — et à l’Algérie — de peser davantage sur un marché mondial du liège dominé par le Portugal et l’Espagne.
