Les États-Unis effectuent un retour stratégique inattendu au Niger, troquant la présence militaire pour l’influence économique.
Aiinsi, Washington a officialisé un investissement massif de 414 millions de dollars à travers la Société américaine de financement du développement (DFC) dans le projet d’uranium de Dasa, opéré par la compagnie canadienne Global Atomic.
Cette incursion américaine rebat les cartes de l’échiquier sahélien. Elle court-circuite durablement les intérêts français et intervient dans un contexte de recomposition totale des alliances où le pays hôte cherche de nouveaux partenaires pour valoriser ses ressources.
Bloqué par des crises sécuritaires et des tensions logistiques régionales, le projet minier se tourne désormais vers le nord et l’Algérie, perçue comme la clé de voûte incontournable pour sécuriser l’exportation de cette ressource hautement stratégique vers la Méditerranée.
Dasa : La porte dérobée de Washington au Niger
Le gisement d’uranium de Dasa, situé au nord de Niamey entre les villes minières d’Arlit et d’Agadez, est exploité par la Société minière de Dasa (Somida). Cette structure est détenue à 80 % par Global Atomic et à 20 % par l’État nigérien.
Décrit par l’entreprise canadienne comme le gisement de la plus haute qualité en Afrique, il bénéficie désormais du soutien financier direct de l’administration américaine de Donald Trump, désireuse de sécuriser des chaînes d’approvisionnement en minerais critiques et de réduire sa dépendance vis-à-vis de la Russie, tout en devançant l’influence chinoise déjà ancrée dans le secteur.
Ce retour en force diplomatique s’est préparé discrètement. En mars 2026, une délégation du département d’État américain, menée par Nicholas Checker, a été reçue à Niamey par le Premier ministre Ali Mahaman Lamine Zeine. Au cœur des discussions : la relance de la coopération économique. Un accord scellé cet été à Washington entre le patron de Global Atomic, Stephen Roman, et la DFC a fini par lever les derniers verrous bureaucratiques.
Le camouflet pour Paris et la bataille des stocks d’uranium
Cette percée nord-américaine sonne comme un véritable pied de nez à la France, qui a dominé l’exploitation de l’uranium nigérien pendant un demi-siècle à travers Orano (ex-Areva). Depuis 2023, le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), dirigé par le général Abdourahamane Tiani, s’efforce de reprendre le contrôle total des gisements et des stocks du pays.
- Le contentieux d’Orano : L’ancien géant français réclame entre 1 000 et 1 500 tonnes d’uranium brut, une estimation vivement contestée par Niamey qui évalue le stock à 150 tonnes produites jusqu’en juillet 2023. Le Niger affirme que le reste a été extrait sans la participation française et se dit prêt à restituer 95 tonnes (soit 63 % du stock contesté).
- La diversification des acheteurs : Une grande partie de ces stocks trouve déjà preneur auprès d’acteurs internationaux majeurs, notamment chinois (CNNC), sud-coréens (Kepco) et roumains (Nuclearelectrica).
Le défi logistique et la sécurisation du corridor saharien
Malgré l’alliance financière entre le Canada et les États-Unis, le projet de Dasa se heurte à un obstacle de taille : la détérioration de la situation sécuritaire au Sahel.
- L’impasse du sud : Le corridor traditionnel d’exportation Niamey-Cotonou (via le Bénin) subit des perturbations récurrentes et souffre de relations diplomatiques bilatérales ambivalentes.
- La recherche d’alternatives : Conscient de ces risques, Global Atomic explore activement des itinéraires alternatifs pour acheminer l’uranium du pays enclavé vers les marchés mondiaux, évitant des routes côtières devenues trop périlleuses.
L’Algérie, l’alternative incontournable pour le désenclavement
C’est dans ce contexte de recherche de stabilité que les regards se tournent naturellement vers l’Algérie, voisin du nord du Niger. L’option envisagée consiste à concevoir un corridor d’exportation traversant le désert saharien algérien pour relier les gisements nigériens aux ports de la Méditerranée.
Cette option géostratégique s’appuie sur des fondements solides :
- Un axe Alger-Niamey renforcé : La relation bilatérale a connu un réchauffement spectaculaire, illustré notamment par l’appui d’Alger et l’intervention d’unités de l’Armée nationale populaire (ANP) pour préserver la stabilité du Niger face aux menaces de déstabilisation.
- La garantie sécuritaire : L’expertise reconnue de l’Algérie en matière de sécurisation des grands espaces frontaliers et transsahariens offre aux investisseurs internationaux une assurance de fiabilité logistique que les corridors côtiers ne peuvent plus garantir.
En s’ouvrant à une liaison nord vers la Méditerranée via l’Algérie, le Niger pourrait s’affranchir durablement de ses dépendances logistiques traditionnelles, redéfinissant par la même occasion la carte des corridors énergétiques et miniers en Afrique du Nord et de l’Ouest.
Le retour des États-Unis dans l’uranium nigérien à travers le projet Dasa illustre la brutalité des mutations géopolitiques au Sahel. En évincant l’hégémonie historique française tout en composant avec les nouvelles autorités de Niamey, Washington mise sur le pragmatisme économique.
Néanmoins, la viabilité de cette ambition américaine dépend désormais d’un facteur clé : la capacité à s’appuyer sur la profondeur stratégique de l’Algérie pour bâtir un couloir d’exportation saharien fiable, sécurisé et tourné vers la Méditerranée.
Pensez-vous que l’ouverture d’un corridor saharien traversant l’Algérie puisse
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