L’Algérie regorge de traditions souvent méconnues du grand public et qui font le charme de chaque région. À Ghardaïa, une tradition séculaire est « ressuscitée » chaque mois de Ramadan : l’Iftar sous les détonations du baroud.
Ainsi et dans tous les K’sours de la vallée du M’zab, la tradition est respectée, et ce, en dépit des avancées technologiques, notamment les hauts parleurs installés sur tous les minarets des mosquées. Une tradition qui a traversé des siècles demeure jalousement préservée de génération en génération.
Un tir et des règles strictes !
En effet, dans tous les K’sours de la vallée du M’zab, c’est le bruit sourd du tir du baroud qui annonce le moment de la rupture du jeûne, l’Iftar. Et ne tire pas le coup de feu de baroud de l’Iftar qui veut, non. Il n’est pas exécuté par n’importe qui, ni de n’importe quel endroit et encore moins avec n’importe quelle arme.
D’abord celui qui le tire est désigné par la mosquée et c’est du toit de la mosquée qu’il doit tirer son coup de feu et avec une arme artisanale. Aucune autre arme n’est admise, le faire avec toute autre arme, serait faire outrage à la tradition, car cette coutume ancestrale, symbolisant le début du repas après une journée de jeûne a ses règles et elles sont bien strictes. C’est un cérémonial simple mais qui se doit d’être respecté et appliqué car l’Iftar au tir du baroud est une tradition emblématique chez les populations locales.
Synchronisation instantanée
Cette tradition est un pilier culturel, alliant la religion à l’histoire locale. Il annonce la rupture du jeûne (F’tour), au coucher du soleil (El Maghreb) par une forte détonation de poudre noire. Le tir du baroud et l’appel à la prière, qui se font entendre pratiquement ensemble à la seconde près, « autorisent » les familles à rompre le jeûne. C’est le même processus qui est répété pour annoncer, aux aurores, le moment de l’Imsak (S’hour).

El Hadj Nacer Bahmed, le tireur de baroud agréé par la vieille mosquée mythique du K’sar de Ghardaïa révèle que « c’est un geste que je fais deux fois avec ma vieille et traditionnelle karabila. Je tire le soir au moment de la rupture du jeûne et au petit matin pour annoncer l’Imsak, c’est-à-dire le début d’une nouvelle journée de jeûne. »
Une tradition et une histoire…
Selon Ahmed Nasri, membre de l’association du Baroud, « le tir de baroud pour annoncer la rupture du jeûne ou l’Imsak est une vieille tradition qui a été ramenée chez nous d’Egypte par les Turcs»
À titre indicatif, même après l’indépendance du pays, et peut être que cela existait aussi dans d’autres villes du pays, à Alger l’annonce de la rupture du jeûne se faisait à coup de canon. Les anciens Algérois (Ouled Leblad) se souviennent du coup de canon qui détonnait au moment de l’Iftar des hauteurs de Sidi Bennour, du côté de Notre Dame d’Afrique, sur les hauteurs de Bologhine, l’ex Saint Eugène.
Dans la Casbah d’Alger, à Bab El Oued, à Soustara, à Belcourt et dans tous les quartiers du vieil Alger, à quelques minutes de la rupture du jeûne des groupes d’enfants (que des garçons) se rassemblaient et se plaçaient dans des endroits d’où ils pouvaient apercevoir la fumée sortant du canon après la détonation.
Des cris de joie fusaient alors des gorges déployées pendant que les fillettes, généralement accrochées à leurs balcons, en faisaient de même. Il faisait partie de notre jeunesse, il appartient désormais au passé. On l’appelait affectueusement « El Medfaâ ». Mais ceci est une autre histoire….
