Après près de deux ans de crise diplomatique profonde, Paris et Alger reprennent le dialogue.
Ainsi, la visite de la ministre française déléguée aux Armées, Alice Rufo, porteuse d’un message personnel d’Emmanuel Macron à Abdelmadjid Tebboune, marque une étape concrète dans la normalisation des relations entre les deux pays.
Un message de Macron livré en main propre à Tebboune
Le président Tebboune a reçu ce samedi Alice Rufo en audience, accompagnée de l’ambassadeur de France en Algérie, Stéphane Romatet. La rencontre s’est tenue en présence du ministre d’État chargé de l’Inspection générale des services, Brahim Merad, du ministre des Affaires étrangères Ahmed Attaf, et du conseiller diplomatique de la présidence Ammar Abba — une composition qui reflète le poids politique accordé à cette visite par Alger.
Le fait qu’un message présidentiel soit acheminé par une ministre en exercice, et non par voie diplomatique ordinaire, est en soi un signal fort : Paris choisit le geste humain sur le protocole froid.
Deux ministres français en moins de trois mois : une cadence inédite
Alice Rufo est le deuxième membre du gouvernement français à fouler le sol algérien en moins de trois mois, après le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, reçu à la mi-février. Une cadence qui tranche radicalement avec deux années de gel quasi total des échanges de haut niveau entre les deux capitales.
Selon l’Élysée, cette visite visait à « nouer des relations confiantes et prometteuses » et à « restaurer un dialogue efficace » — formules choisies avec soin pour signifier que Paris reconnaît implicitement la nécessité d’un nouveau départ.
Sécurité, migration, justice : un agenda concret pour les mois à venir
Les deux heures d’entretien entre Alice Rufo et le président Tebboune ont été denses. La ministre a évoqué plusieurs chantiers prioritaires de la relation bilatérale :
- Coopération sécurité et défense : jugée « très importante » dans le contexte africain et au-delà, ce volet reste un pilier structurant de la relation algéro-française.
- Migration : Paris salue la reprise de la coopération migratoire amorcée après la visite de Nuñez, et souhaite « intensifier » cette dynamique. Un sujet longtemps bloqué et qui avait cristallisé les tensions.
- Coopération judiciaire : notamment dans la lutte contre le narcotrafic, un dossier que la ministre qualifie d’« important pour les deux parties ».
Ces avancées pragmatiques dessinent une feuille de route qui, sans effacer les sujets de friction, offre des bases concrètes pour les mois à venir.
La commission d’historiens relancée : le dossier mémoriel sort de l’impasse
L’un des signaux les plus symboliques de cette rencontre est la décision de reprendre les travaux de la commission mixte d’historiens algériens et français. Créée à l’été 2022 et composée de cinq historiens de chaque côté, cette instance n’avait plus tenu de réunion depuis le printemps 2024, victime de la dégradation générale des relations bilatérales.
Sa réactivation signifie qu’Alger et Paris acceptent de remettre sur la table le dossier mémoriel — l’un des plus sensibles et des plus structurants de leur relation — avec la volonté affichée d’avancer, sans esquiver.
Un dégel fragile mais réel
Le réchauffement algéro-français reste à consolider. Les deux pays sortent d’une crise sévère, nourrie par des tensions mémorielles, des désaccords sur la question du Sahara occidental et des frictions consulaires. Mais la séquence des dernières semaines — deux visites ministérielles, un message présidentiel, une commission d’historiens relancée — indique que les deux capitales ont choisi, pour l’heure, la voie du dialogue sur celle de l’affrontement. La prochaine étape sera déterminante : une rencontre directe entre Tebboune et Macron pourrait-elle se profiler à l’horizon ?
