La France, via son ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, vient d’adresser un signal rare et sans ambiguïté à Alger : l’Algérie n’est pas un pays parmi d’autres dans l’architecture sécuritaire française. C’est un pilier.
Ainsi, le ministre français de l’Intérieur, a formulé cet aveu sans détour dans un entretien accordé à La Tribune Dimanche.
À quelques jours de la visite officielle à Paris de son homologue algérien Saïd Sayoud, et aussi la venue demain lundi 19 mai 2026, du ministre de la Justice français, il a publiquement reconnu ce que les spécialistes du renseignement savent depuis longtemps : l’Algérie dispose d’une expérience accumulée en matière de sécurité et de lutte antiterroriste que peu de pays au monde peuvent revendiquer.
Décennies de terrain, savoir-faire unique
En effet, selon Nuñez, cette expertise algérienne ne s’est pas construite dans les manuels. Elle s’est forgée dans l’une des décennies les plus éprouvantes de l’histoire contemporaine — les années 1990 — où l’Algérie a affronté seule, sur son propre sol, une vague terroriste d’une brutalité extrême, au moment même où une grande partie de la communauté internationale regardait ailleurs.
Les services de renseignement algériens ont depuis bâti une connaissance du terrain, des réseaux et des dynamiques régionales — Sahel en tête — que les partenaires occidentaux ne peuvent tout simplement pas reproduire depuis leurs capitales. C’est précisément ce capital stratégique que Nuñez a reconnu en affirmant que l’Algérie est « un grand pays, qui dispose d’une vaste expérience en matière de renseignement et de sécurité » — et que le dialogue avec Alger n’est pas une faveur accordée, mais une « nécessité indispensable ».
Sécurité, immigration : Alger incontournable
Sur les deux dossiers les plus sensibles de la politique intérieure française — sécurité et immigration —, le ministre a été explicite : « Nous sommes condamnés à nous parler avec l’Algérie. ».
Une formulation qui dit tout sur le rapport de dépendance réel, loin des postures. Cette déclaration tranche nettement avec la ligne dure prônée par son prédécesseur Bruno Retailleau, qui misait sur un rapport de force avec Alger. Nuñez a choisi la « realpolitik » : face à un partenaire de cette envergure, la confrontation est contre-productive — et surtout dangereuse pour la sécurité française elle-même.
Reprise de la coopération sécuritaire
La visite de Saïd Sayoud à Paris matérialise la reprise progressive d’une coopération sécuritaire bilatérale mise à mal par plusieurs mois de tensions diplomatiques.
Nuñez l’a qualifiée de « signal très positif », marquant un retour au pragmatisme après une période d’embrouilles politiques des deux côtés. Derrière cette normalisation, des enjeux concrets : échanges de renseignements, coordination sur les filières jihadistes, gestion des flux migratoires, suivi des individus radicalisés circulant entre les deux pays.
Un message aux fauteurs de tensions
Le ministre n’a pas mâché ses mots envers ceux qui, en France, cherchent à instrumentaliser la relation avec l’Algérie à des fins électorales. Selon lui, les partisans de l’escalade « ne pensent pas tant aux intérêts de la France qu’à des gains électoraux et des calculs politiques à court terme ».
Un rappel salutaire : des millions de personnes, des deux côtés de la Méditerranée, vivent directement les conséquences de la qualité — ou de la dégradation — de cette relation. La sécurité ne se négocie pas sur des estrades de campagne.
