Face aux tensions persistantes sur le marché du médicament, le ministère de l’Industrie pharmaceutique a récemment haussé le ton en sommant producteurs, importateurs et distributeurs de libérer leurs stocks sous cinq jours, afin de mettre fin aux pénuries constatées dans les officines.
Ainsi, cette décision fait suite à une enquête révélant que certains médicaments, déclarés introuvables en pharmacie, étaient en réalité disponibles dans les entrepôts. Alors que cette mesure d’urgence continue de susciter débats et inquiétudes, l’Association des distributeurs pharmaceutiques algériens (ADPHA) est sortie de son silence.
En effet, dans un communiqué daté du 5 avril 2026, l’ADPHA réagit à la directive ministérielle et adopte une position nuancée. L’organisation salue d’abord la volonté des pouvoirs publics d’agir rapidement face à une situation jugée sensible. Elle estime toutefois que cette mesure, bien qu’utile à court terme, ne saurait suffire à résoudre un problème qu’elle qualifie de « structurel et complexe ».
Une mesure utile, mais limitée
Selon l’association, la libération des stocks peut effectivement atténuer certaines tensions dans l’immédiat, en mobilisant des produits déjà disponibles. Mais elle insiste sur le caractère ponctuel de cette action, qui ne traite pas les causes profondes des perturbations du marché.
L’ADPHA met également en garde contre les effets indirects de la médiatisation de cette crise. Une communication mal maîtrisée, souligne-t-elle, peut alimenter la peur des patients et encourager des comportements de stockage préventif. Une telle réaction risque, selon elle, d’aggraver les déséquilibres de distribution et de priver certains malades de traitements essentiels.
Autre point soulevé : l’absence de précision sur les dénominations communes internationales (DCI) concernées par les tensions. Cette imprécision entretient la confusion, tant chez les professionnels de santé que chez les patients, et complique l’application des mesures sur le terrain.
Plaidoyer pour une approche structurelle
Au-delà du constat, l’ADPHA appelle à une réforme en profondeur du système de distribution pharmaceutique. L’association se dit prête à collaborer étroitement avec les autorités et propose la mise en place d’un comité restreint réunissant les principaux acteurs du secteur, notamment le ministère de l’Industrie pharmaceutique, les organisations professionnelles et les instances ordinales.
L’objectif serait d’élaborer des réponses concertées, ciblées et rapidement applicables. L’ADPHA rappelle, dans ce cadre, qu’elle transmet déjà mensuellement aux autorités une liste détaillée des produits en rupture ou sous tension, afin d’anticiper les risques de pénurie.
Elle propose également d’améliorer les outils de suivi, notamment en renforçant et en élargissant la plateforme de reporting aux officines, pour permettre une meilleure visibilité de la disponibilité des médicaments à l’échelle nationale.
Dysfonctionnements et pratiques à encadrer
Dans son communiqué, l’association évoque plusieurs dysfonctionnements qui fragilisent le système. Elle pointe notamment la vente horizontale entre grossistes, le manque de traçabilité de certains produits, ainsi que l’existence de circuits informels.
L’ADPHA alerte aussi sur la prolifération de groupements de pharmacies opérant en dehors de tout cadre légal et accaparant des quantités importantes de médicaments sous tension. Ces pratiques pénaliseraient les officines de proximité et contribueraient à accentuer les inégalités d’accès.
Par ailleurs, l’association souligne un phénomène moins visible mais tout aussi problématique : la surabondance de certaines DCI. Celle-ci favoriserait des pratiques de vente parallèle et de dumping, dans un contexte où les prix des médicaments restent strictement encadrés.
« Dépasser la gestion de crise »
En conclusion, l’ADPHA appelle à dépasser les réponses d’urgence pour engager une véritable transformation du secteur. Elle insiste sur la nécessité d’une approche fondée sur la numérisation, la transparence, la concertation et la responsabilisation de l’ensemble des acteurs.
Reconnaissant des défaillances à tous les niveaux de la chaîne, l’association plaide pour une mobilisation collective afin de garantir un accès équitable, continu et durable aux médicaments pour les patients algériens.
Un enjeu de santé publique majeur, qui, selon elle, ne peut être résolu sans une action coordonnée, sincère et durable.
