Alors que la coopération entre l’Algérie et les États-Unis continue de s’intensifier sur les plans diplomatique, économique et sécuritaire, l’absence prolongée d’un ambassadeur américain à Alger suscite toujours des interrogations.
Ainsi et devant des interprétations parfois hasardeuses, voire qui sèment le trouble et la confusion, le chargé d’affaires de l’ambassade des États-Unis en Algérie, Mark Schapiro, dans une vidéo diffusée sur les canaux officiels de la représentation diplomatique américaine, vient de rempre le silence.
Une vacance jugée « normale » par Washington
En effet, assurant actuellement les fonctions de chef de mission, Mark Schapiro a rappelé qu’il supervise l’ensemble des activités diplomatiques de l’ambassade en attendant la nomination d’un nouvel ambassadeur. Interrogé justement sur cette vacance, il a tenu à relativiser la situation, la présentant comme un élément habituel du fonctionnement diplomatique américain.
Selon lui, les transitions entre ambassadeurs s’inscrivent dans un processus administratif classique : « Les transitions diplomatiques sont toujours normales, cela fait partie intégrante de notre quotidien et de la relation entre n’importe quel pays », a-t-il expliqué, tout en soulignant que les procédures de nomination à Washington peuvent être longues et imprévisibles, s’étalant parfois sur plusieurs mois, voire plus d’un an. Malgré ce vide à la tête de la mission diplomatique, le responsable américain a insisté sur l’importance stratégique accordée à Alger. Il a rappelé que certaines représentations jugées prioritaires par la Maison-Blanche et le Département d’État nécessitent une continuité immédiate, justifiant ainsi sa présence en tant que chef de mission.
Une relation bilatérale « plus profonde » que jamais
Par ailleurs, et au-delà de la question de la représentation diplomatique, l’américain a surtout mis en avant la montée en puissance des relations entre Alger et Washington. Selon lui, les deux pays traversent une phase d’approfondissement sans précédent. « Nous sommes dans une phase où la relation entre les États-Unis et l’Algérie est beaucoup plus large et beaucoup plus profonde qu’elle ne l’a été par le passé », a-t-il affirmé, précisant vouloir inscrire cette dynamique dans la durée. Il a également structuré cette coopération autour de trois piliers essentiels : le commerce, la sécurité et les relations humaines, notamment à travers les échanges culturels et les contacts entre les deux sociétés.
Des échanges politiques et sécuritaires en forte intensification
Il convient de préciser que ces déclarations interviennent dans un contexte marqué par une multiplication des contacts de haut niveau entre les deux capitales. Ces dernières semaines, plusieurs responsables américains se sont rendus en Algérie, dont le secrétaire d’État adjoint Christopher Landau ainsi que le commandant de l’Africom, le général Dagvin Anderson. Leur visite conjointe a permis de réaffirmer la volonté des deux pays de renforcer leur coopération, notamment dans les domaines économique, énergétique et sécuritaire. Washington multiplie également les signaux politiques positifs à l’égard d’Alger.
Le conseiller principal du président américain Donald Trump pour les affaires arabes et africaines, Massad Boulos, avait récemment qualifié l’Algérie de partenaire « vital » dans la région, soulignant la présence de plus de 120 entreprises américaines actives sur le marché algérien. Dans le secteur énergétique, les discussions entre Sonatrach et plusieurs géants américains, dont Exxon et Chevron, témoignent d’un intérêt croissant pour les opportunités offertes par le marché algérien. Sur le plan sécuritaire, la coopération s’est également renforcée, notamment dans la lutte contre le terrorisme et la gestion des défis régionaux au Sahel. Les autorités américaines reconnaissent régulièrement le rôle de l’Algérie dans la stabilité régionale et son expertise en matière de lutte contre les groupes armés transnationaux.
L’Algérie vue par un diplomate américain : une transformation notable
Dans son intervention, Mark Schapiro a également livré une lecture personnelle de l’évolution de l’Algérie, pays dans lequel il avait déjà servi entre 2007 et 2009 en tant que conseiller politique et économique. Comparant son expérience passée à la situation actuelle, il a évoqué un pays profondément transformé depuis la fin de la décennie noire. « Lorsque je suis arrivé en 2007, c’était encore peu de temps après la fin de la guerre civile. Je pense que les gens étaient encore un peu nerveux », a-t-il rappelé.
Aujourd’hui, il dit observer une société différente, marquée par davantage de stabilité et de sérénité. « On assiste franchement à une transformation », a-t-il estimé, évoquant une population plus détendue, une mobilité facilitée et une ouverture linguistique plus marquée. Il attribue cette évolution à un effort de long terme engagé par les autorités algériennes en matière de développement et d’investissement générationnel. Sur un plan plus personnel, le diplomate américain a également exprimé son admiration pour les paysages, la culture, la gastronomie, la population et la musique du pays.
L’Algérie, un « partenaire crucial » pour Washington
En conclusion de son entretien, le chargé d’affaires américain a réaffirmé la place stratégique de l’Algérie dans la politique étrangère des États-Unis en Afrique du Nord et dans la région sahélo-saharienne. Il a mis en avant plusieurs atouts majeurs du pays : son potentiel économique, son rôle énergétique vis-à-vis de l’Europe, ses ressources naturelles, ainsi que son influence diplomatique régionale.
Pour Washington, l’Algérie apparaît ainsi comme un acteur incontournable des équilibres régionaux, un constat partagé par plusieurs responsables américains ces derniers mois.
Clôturant son intervention, Mark Schapiro a adressé un message d’ouverture à l’endroit des Algériens, exprimant la volonté de renforcer davantage les liens bilatéraux : « Nous avons hâte de travailler main dans la main avec vous, d’approfondir notre partenariat et notre amitié. »
