Depuis plus de trente ans, le Dr Abdelkader Saadallah, géoscientiste algérien, défend une thèse aussi audacieuse que documentée : sous le massif du Djurdjura sommeille un réservoir souterrain colossal de 60 milliards de m³ d’eau, renouvelable chaque année.
Dans cette contribution, le Dr Abdelkader Saadallah, revient avec force et détails sur une découverte structurale majeure, publiée dès 1996, que les institutions concernées, selon lui, n’ont jamais daigné explorer. Entre frustration scientifique et conviction inébranlable, l’auteur livre ici un plaidoyer géologique pour l’intérêt supérieur du pays.
Quand le Djurdjura s’impose à la science
Depuis PLUS de 30 ans, je le dis et le répète, le publie maintes et maintes fois : Le Djurdjura est UN IMMENSE RESERVOIR SOUTERRAIN D’EAU ; C’est aussi un nouveau chemin de prospection des AQUIFERES PERCHES
Tout avait commencé, au moment où je terminais mes recherches en géosciences surtout les études structurales, avec mes élèves, des terrains métamorphiques qui affleuraient sur une grande surface des montagnes de ce que les géologues dénomment La Grande Kabylie´´ bordant le Nord du Djurdjura qui, par contre, lui dominait tout autour de lui. Ce dernier n’était pas inclus dans ma thèse d’état, mais il me narguait de haut, et surtout les terrains métamorphiques lui collaient sur sa face nord.
Dans ma compréhension qui se finalisait après une décennie de mes investigations scientifiques de terrain et de labo. Et de plus ma compréhension ne se satisfaisait pas avec les résultats des études par d’autres collègues qui étudiaient les terrains environnants, ils suivaient les thèses et théories des années 30, complètement en décalage avec les bases de la nouvelle théorie des plaques qui remplissaient les esprits des géologues de par le monde et par conséquent dans des articles publiés un peu partout. Aussi mon intuition me poussait à aller voir de près ce massif imposant du Djurdjura, et du coup il s’imposa dans ma compréhension totale en fin de construction.
Une thèse contrariée par le silence institutionnel
Et me voilà dans une autre galère… Pour les scientifiques, et peut être cela concerne aussi les intellectuels de façon générale, tant que vous restez dans votre discipline, acquise à l’université, vous pouvez vivre tranquillement. Mais dès que vous quittez votre chemin tracé par la normalité des choses, il faut vous préparer à recevoir des coups´´.
Des manœuvres et tout pour vous mettre dans l’ombre, dans le silence. C’est ce que mon expérience m’enseigna ! Alors que beaucoup de voix officielles disaient et répétaient qu’il n’y avait plus d’eau souterraine dans le pays, mêmes certaines avaient avancés l’idée que le pays devait importer l’eau. Et moi je déclarai haut, et aussi fort que je le pouvais, que le Djurdjura nous cache un énorme réservoir d’eau réalimenté chaque année, pas fossile, pas non renouvelable !
Par Djurdjura, j’entends une entité géologique et même morphologique, un chainon orienté E-W, de Chellata aux gorges de Lakhdaria. C’est surtout des formations carbonatées, de Chellata jusqu’au méridien de Bouira, où ces formations calcaires disparaissent, en plongeant en profondeur, recouvertes par les formations éocènes détritiques, riche en argiles. Ce chainon du Djurdjura est limité à l’Est par la faille bordière de Challata et à l’Ouest par la faille bordière de Lakhdaria, qui fait remonter à la surface les formations calcaires de la même chaîne dite Chaîne Calcaire qui constitue les gorges de Lakhdaria (ex Palestro).
L’hydrogéologie classique face à ses limites
Mes Arguments sont aussi solides que les roches profondes, il n’y a que ceux et celles qui se ferment les yeux et les oreilles pour ne pas voir et ne pas entendre ! Tout d’abord il faut se mettre dans le contexte du vaste monde des géosciences, en pointant du doigt celui des hydrogéologues.
Depuis l’aube des temps modernes, des siècles dans le passé, les hommes s’intéressaient à la présence des eaux souterraines dans les plaines, où ils vivaient, ces bassins où existaient les aquifères à de faibles profondeurs, donc accessibles, structures géologiques en cuvettes avec des fonds lithologiques étanches piégeant les eaux des précipitations, les empêchant de s’infiltrer encore plus profondément, leurs permettant de s’accumuler.
C’est l´hydrogéologie classique, souvent la continuité en profondeur de l´hydrologie de surface. Une spécialité des géosciences approfondies en long, en large et en profondeur en Europe depuis des siècles ! Un collègue, me disait il y a des décennies en parlant de la Grande Kabylie ´´… ils habitent le sommet des montagnes et ils veulent de l’eau courante dans la maison… », or on trouve de l’eau souterraine dans les plaines, donc il faut la pomper par paliers successifs pour la faire gravir des centaines de mètres ! Est-ce aux sciences et techniques de s’adapter à la culture et modes de vies des populations où aux populations de changer de modes de vie ?
Pour moi la question qui se posait était autre : Quelles sont les structures des grands ensembles géologiques et des formations géologiques, structures à grandes et petites échelles ?Et donc tout en commençant à me concentrer sur la nature et la géométrie du contact entre les formations métamorphiques et les formations spécifiques du Djurdjura, je me hasardais de plus en plus dans ce massif essentiellement carbonaté. Et là je découvrais pas à pas la structure en fleur du Djurdjura, résultant du déplacement vers le SE de l’ensemble des formations métamorphiques par rapport aux formations dites flyschs (turbidites) du Sud du Djurdjura. Résultat nouveau concernant la géologie du Nord de l’Algérie que je publiais, avec mes élèves, dans une revue internationale spécialisée en 1996.Jusque-là, le débat était interne aux géoscientistes du pays et quelqu’un(e)s d’ailleurs.
La structure en fleur : anatomie d’un réservoir de 60 milliards de m³
La découverte d’un énorme réservoir aquifère entraina naturellement ma JOIE, qui malheureusement a été vite voilée par une FRUSTRATION. Mais à partir du moment où je me suis penché de plus près sur la structure en fleur des formations carbonatées du Djurdjura, je découvrais alors avec une grande stupéfaction qu’il s’agissait d’un énorme réservoir aquifère.
Cette structure en fleur, c’est-à-dire en section présente la forme d’un éventail, un triangle avec un angle pointé vers le bas et le côté opposé horizontal, limitée par une faille verticale à Chellata, affleurant jusqu’à Haizer, puis continuant en profondeur vers l’Ouest jusqu’à la faille verticale de Lakhdaria, soit sur une longueur de plus de 80 km dont 50 km affleurante. Cette dernière estimation de la longueur affleurante donne le minimum de surface permettant la recharge annuelle.
Ce réservoir que l’on peut définir comme Réservoir Composite, car il est constitué de plusieurs formations, avec des lames de cisaillement, et une fracturation dépendante de la lithologie et aussi du degré de déformation cassante, et de plus les porosités et imperméabilités sont variables. Sa longueur de 80 km, plonge vers l’Ouest de 60 degrés en moyenne.
Mes calculs d’estimation des réserves, en prenant comme valeurs minimales des paramètres utilisés donnent un résultat de 60 Milliards de m3. Il faut retenir que ce réservoir de la forme d’une structure en fleur, présente une étanchéité parfaite avec les turbidités sur le flanc Sud, les schistes satinés sur le flanc Nord ces deux formations se rejointes en profondeur, et toutes les deux présentent les caractéristiques imperméables. Et l’Eocène détritique, très argileux, recouvre le toit réservoir en profondeur aussi.
Trente ans d’attente : l’appel à agir
Malgré la FRUSTRATION devant une BUREAUCRATIE OMNIPRESENTE, depuis trois (3) DECENNIES, je suis ENCORE PRET à mener jusqu’au bout cette étude géoscientifiques. Dans ma carrière de géoscientiste, plus je découvre les caractéristiques de ce réservoir aquifère énorme, plus j’en suis persuadé de son existence et plus ma FRUSTRATION s’agrandit devant les SILENCES des institutions concernées bloquées par une BUREAUCRATIE INDETRONABLE et cela dure depuis des DECENNIES. Mais je suis encore prêt et encore avec la volonté de faire tout travail SCIENTIFIQUE pour aller jusqu’aux forages nécessaires. Dans l’INTERET SUPERIEUR DE MON PAYS !
