Au-delà des discours rassurants et autres engagements du ministère de la Culture et des Arts concernant le cinéma algérien, la réalité contraste fortement. Le Septième art en Algérie se meurt à petit feu.
Entre manque de moyens et de vision et surtout une censure qui ne dit pas son nom, le cinéma algérien vit ces dérnieres années, ses heures les plus sombres. Ainsi, le long-métrage « The Arab » de Malek Bensmaïl, qui est une libre adaptation du roman « Meursault, contre‑enquête » de Kamel Daoud, vient de mette le feu aux poudres.
Pas de visa, pas de projection pour « The Arab »
En effet, sa première algérienne, annoncée dans le cadre de l’Annaba Mediterranean Film Festival, vient d’être annulée pour faute de visa culturelle. Cette dernière, est une autorisation administrative necéssaire afin de projeter des films lors d’événements « non commerciaux » ou pour des « échanges culturels », souvent requise au moins 30 à 40 jours avant l’évenement.
En Algérie, elle est delivrée la Commission de visionnage relevant du ministère de la Culture. Et c’est là que le bât blesse : Cette autotisation, purement adminstraive fait défaut à ce long-métrage et de fait, sa projection est intrdite par la loi.
Devant une telle situation, les professionnels du cinéma national s’insurgent. Dans une pétition signée par des réalisateurs, producteurs et comédiens, le monde du cinéma algérien s’insurge contre la « censure » qui frapperait selon eux plusieurs long-métrages.
Entre opacité et ambiguïté
En effet, dans un communiqué accompagné d’une pétition portant plus d’une quarantaine de signatures, le monde du septième art algérien crie « Non à la censure… Le cinéma est liberté ou il n’est rien! ».
Selon les requérants, au-delà du cas Bensmaïl et de son film The Arab, plusieurs autres films algériens ont été «empêchés de projection» dans différents festivals et dans les salles, selon des «procédures opaques» et «sans réponses claires». «Ces situations répétées ne relèvent pas d’incidents isolés, mais traduisent un mode de fonctionnement qui fragilise durablement la création cinématographique», déplorent-ils.
Une vingtaine de long-métrages « censurés »
Dans la foulée, les pétitionnaires énumérant une liste non-exhaustive de films qui auraient fait selon eux, l’objet d’une «censure» et de «divers obstacles» :
• Barakat (Djamila Sahraoui),
• Ben M’Hidi (Bachir Derais) ,
• Contre-Pouvoirs, La Chine est encore loin, Le Grand Jeu (Malek Bensmaïl),
• Délice Paloma, Le Harem de Mme Osmane (Nadir Mokneche),
• Le Démon au féminin (Hafsa Zinai Koudil),
• La Dernière Reine (Damien Ounouri et Adila Bendimerad),
• Alger by Night (Yanis Koussim),
• L’Effacement (Karim Moussaoui),
• Fragments de rêves (Bahia Bencheikh El Fegoun),
• Le Dernier Camarade (Amine Kabbes),
• Janitou (Amine Hattou),
• Papicha (Mounia Meddour),
• Constantina Babylone -Terminus 60 (Sid Ahmed Semiane),
• Vote Off (Fayçal Hamoum).
Pour les signataires dudit document, l’histoire, dans son temps long, finit toujours par «rendre justice» aux «œuvres malmenées», tandis que «l’oubli guette celles et ceux qui fabriquent la censure».
Ils en veulent pour preuve le cas de Mohamed Zinet et son film « Tahya Didou », lequel a été selon les pétitionnaires, ostracisé durant de longues années avant de devenir cet objet culte de la cinématographie algérienne, célébré comme emblématique du patrimoine national. «Une politique culturelle cohérente ne peut reposer sur une telle discontinuité ni de telles incohérences», relèvent-ils.
Contre-discours de la méthode…
Par la suite, ce panel de cinéastes, acteurs et producteurs, mettent en évidence le décalage entre les discours en faveur d’une relance du cinéma algérien et la réalité du terrain, caractérisée d’après-eux, par la «multiplication des obstacles» administratifs et «manque de lisibilité» des mécanismes de soutien.
Selon les auteurs de cette pétition, les appels à la relance de «l’industrie cinématographique» resteront un «vœu pieux» tant que la «censure et la bureaucratie» sévissent. Et de s’interroger « Est-il cohérent, pour un État, de dépenser autant d’argent pour organiser des festivals, pour ensuite interdire la projection des films qu’il a lui-même financés et coproduits , comme c’est le cas aujourd’hui du film de Malek Bensmaïl ?».
Les auteurs de ce manifeste insistent sur le fait que le film de Malek Bensmaïl «n’a pas à être déprogrammé». Pour eux, aucune raison ne peut être invoquée pour le censurer. « La place qui lui était réservée dans la programmation initiale doit lui être restituée. Il y va de la crédibilité d’un festival», martèlent-ils.
Ce que réclament les cinéastes
Enfin, les signataires de cette pétition appellent à une « prise de conscience » de la part des pouvoirs publics, tout en exhortant ces derniers à
• La levée des restrictions arbitraires entravant la diffusion des œuvres cinématographiques.
• Le respect de l’autonomie des festivals dans l’élaboration de leur programmation.
• Une révision du système de visa culturel, afin qu’il ne constitue plus un frein à la circulation des films.
• Une réforme des instances de sélection, fondée sur la compétence et la transparence.
• Une mise à plat du cadre juridique régissant le secteur, afin de mieux accompagner la création.
• L’ouverture d’un dialogue constructif entre les professionnels du cinéma et les autorités concernées.
Ils concluent leur cri de détresse en soulignant que «l’histoire nous enseigne qu’il est impossible d’emprisonner des idées. Un film interdit dans les salles un temps, sera un jour ou l’autre projeté par l’histoire dans la mémoire et l’imaginaire des peuples».
La liste des signataires :
• 1.Boualem Ziani- Producteur
• 2.Adila Bendimerad – Comédienne – Réalisatrice
• 3.Lyes Salem – Comédien – Réalisateur
• 4.Sid Ahmed Semiane – Réalisateur
• 5.Malika Laichour – Réalisatrice – Productrice
• 6.Oussama Rai – Réalisateur – Producteur
• 7.Amine Kabbes –Réalisateur -Producteur
• 8.Hania Chabane – Assistante Réal – Comédienne
• 9.Azzedine Wahbi – Réalisateur – Producteur
• 10.Narimane Mari Benamer – Réalisatrice – Productrice
• 11.Amel Blidi – Réalisatrice
• 12.Bachir Derrais – Réalisateur – Producteur
• 13.Bouziane Hamid – Producteur
• 14.Mohamed Latreche – Réalisateur – Producteur
• 15.Amine Hattou – Réalisateur
• 16.Yanis Koussim – Réalisateur
• 17.Nabil Djedouani – Réalisateur – Comédien
• 18.El Hachemi Zertal – Producteur
• 19.Samir El Hakim – Comédien
• 20.Amina Castaing – Productrice
• 21.Belkacem Hadjadj – Réalisateur – Producteur
• 22.Nabil Asli – Comédien
• 23.Damien Ounouri – Réalisateur
• 24.Amine Sidi Boumédiene – Réalisateur – Producteur
• 25.Hassen Ferhani – Réalisateur
• 26.Bahia Bencheikh El Fegoun – Réalisatrice
• 27.Smail Lif – Producteur
• 28.Karim Moussaoui – Réalisateur
• 29.Nabil Boubekeur – Assistant Réalisateur
• 30.Ahmed Aggoun – Producteur – Réalisateur
• 31.Mohamed Tayeb Laagoune – D.O.P. – Producteur
• 32.Haythem Ameur – Producteur
• 33. Malek Bensmail- Réalisateur
• 34. Ahmed Zitouni – comédien -réalisateur
• 35-Karim Bensalah – Réalisateur – scénariste
• 36-Brahim Derris – comédien
• 37-Abbes Zahmani- comédien- metteur en scène
• 38- Djilali Beskri- Producteur-Realisateur
• 39- Said Mehdaoui – Realisateur
• 40-Yazid Yettou- realisateur
• 41- Ramdane Iftini- Realisateur
• 42-Youcef krache- Producteur
