Avec ses 46,11 milliards de mètres cubes exportés en 2025, l’Algérie conserve sa place parmi les dix plus grands exportateurs de gaz naturel au monde.
Cependant, dans un marché dominé par la montée en puissance des États-Unis et du Qatar, le pays doit impérativement accélérer sa stratégie gazière pour ne pas décrocher.
L’Algérie dans le « top 10 mondial » des exportateurs de gaz en 2025
En effet, selon le bulletin statistique annuel de l’OPEP, obtenu par l’Unité de recherche sur l’énergie (basée à Washington), les dix principaux exportateurs de gaz naturel — par gazoducs et sous forme de GNL (gaz naturel liquéfié) — ont représenté 74,7 % des exportations mondiales totales en 2025, estimées à 1,39 trillion de mètres cubes.
L’Algérie figure à la 7e place de ce classement mondial avec 46,11 milliards de mètres cubes exportés, devançant de peu le Turkménistan (45,36 Gm³), la Malaisie (37,07 Gm³) et les Pays-Bas (35,08 Gm³). Une position « honorable », mais qui cache une réalité préoccupante : le pays accuse un retard croissant sur les exportateurs de GNL, segment en pleine explosion.
- États-Unis : 254,10 Gm³
- Qatar : 173,41 Gm³
- Russie :124,73 Gm³
- Norvège : 119,0 Gm³.
- Australie : 102,45 Gm³
- Canada : 98,98 Gm³
- Algérie : 46,11 Gm³
- Turkménistan : 45,36 Gm³
- Malaisie : 37,07 Gm³
- Pays-Bas : 35,08 Gm³
Les États-Unis et le Qatar creusent l’écart
Le marché mondial du gaz est désormais clairement dominé par deux acteurs : les États-Unis, avec 254,10 milliards de mètres cubes exportés (+35,9 Gm³ par rapport à 2024) et une part de 18,3 % des exportations mondiales, et le Qatar, deuxième avec 173,41 Gm³ et 12,5 % du marché mondial. Doha nourrit par ailleurs des ambitions considérables : le pays prévoit de doubler sa capacité de production de GNL, passant de 77 à 142 millions de tonnes par an d’ici 2030, ce qui renforcera encore davantage son hégémonie sur le marché.
Face à ces colosses du GNL, l’Algérie — dont les exportations reposent encore majoritairement sur les gazoducs vers l’Europe — apparaît comme un exportateur traditionnel sous pression.
Algérie : entre atouts historiques et urgence de modernisation
L’Algérie reste un fournisseur stratégique pour l’Europe du Sud, notamment via les gazoducs Medgaz (vers l’Espagne) et Transmed (vers l’Italie). Ce positionnement géographique demeure un avantage compétitif indéniable, d’autant plus que la guerre en Ukraine a profondément reconfiguré les équilibres énergétiques du continent.
La Russie, troisième exportateur mondial, illustre d’ailleurs les risques liés à une dépendance excessive aux gazoducs : ses exportations ont chuté de 28,3 milliards de mètres cubes en un an, passant de 153,04 à 124,73 Gm³ en 2025, sous l’effet des sanctions et du désengagement progressif de l’Europe.
Pour l’Algérie, cela représente une fenêtre d’opportunité — à condition de moderniser son appareil de production, d’augmenter les capacités de Sonatrach et de renforcer l’infrastructure GNL pour diversifier les débouchés au-delà des gazoducs existants.
Un marché mondial du gaz en reprise en 2025
À l’échelle globale, les exportations de gaz ont enregistré une hausse de 2,2 % en 2025, atteignant 1,39 trillion de mètres cubes contre 1,36 trillion en 2024, soit un gain de 29,5 milliards de mètres cubes.
Cette reprise, portée essentiellement par la croissance des exportations de GNL américaines et qataries, contraste avec le recul des exportateurs traditionnels comme la Russie, la Norvège (-4,6 Gm³) et l’Australie (-3,84 Gm³). Le Canada, en revanche, s’illustre avec une progression de +4,3 Gm³, grâce à sa montée en puissance sur le segment GNL — une trajectoire que l’Algérie gagnerait à étudier de près.
Ce que ces chiffres révèlent sur la politique énergétique algérienne
Le maintien de l’Algérie dans le top 10 mondial est encourageant, mais les volumes exportés (46,11 Gm³) restent cinq fois inférieurs à ceux des États-Unis. Dans un contexte où la transition énergétique mondiale et la concurrence du GNL redessinent les hiérarchies, Alger ne peut se contenter de gérer l’existant.
Les prochaines années seront décisives : investissements dans de nouveaux gisements, développement des capacités de liquéfaction, et diplomatie gazière active avec les partenaires européens constitueront les piliers d’une stratégie capable de consolider — voire d’améliorer — le rang algérien dans le classement mondial des exportateurs de gaz.
