En septembre 2025, l’Algérie a repris avec panache son rôle de premier fournisseur de gaz de l’Espagne, détrônant les États-Unis après deux mois de suprématie américaine.
Ainsi et dans un marché énergétique européen en perpétuelle mutation, Alger réaffirme sa place stratégique, tandis que de nouveaux équilibres émergent entre les acteurs du secteur.
Un podium bousculé : l’Algérie devant, les États-Unis en recul
En effet, les chiffres sont sans appel : 10,24 TWh de gaz algérien ont franchi la Méditerranée pour alimenter la péninsule ibérique en septembre, soit 37,2 % des importations espagnoles sur le mois. Loin derrière, les États-Unis accusent un coup de mou, avec 7,45 TWh livrés — une nette baisse comparée à août.
Ce regain algérien n’est pas qu’un feu de paille. Sur les neuf premiers mois de l’année, l’Algérie s’impose solidement avec 92,11 TWh exportés vers l’Espagne, représentant 33,4 % des approvisionnements totaux. Washington suit de près (84,66 TWh, soit 30,7 %), mais avec une dépendance intégrale au GNL. Une stratégie qui paie en volume, mais dont la volatilité reste un talon d’Achille.
Le retour surprise de l’Égypte
C’est le genre de soubresaut que seuls les marchés de l’énergie savent produire : après plus d’un an d’absence, l’Égypte a refait surface sur les radars espagnols. Une unique cargaison, 1,03 TWh, mais hautement symbolique.
Le Caire, contraint de suspendre ses exportations depuis l’été 2024 face à une consommation intérieure galopante et une production en berne, signe là un retour aussi discret qu’observé.
Une stabilité de façade
Malgré ces mouvements, les volumes globaux importés par l’Espagne sont restés stables en septembre (27,56 TWh), à peine en retrait par rapport à août (27,75 TWh), mais en hausse de 6 % sur un an. Le marché maintient le cap, même si les stocks, eux, témoignent d’un resserrement : le taux de remplissage des réserves de gaz est tombé à 87 %, contre un impressionnant 100 % en septembre 2024. Un signal à ne pas négliger à l’approche de l’hiver.
Le GNL, maître du jeu
La tendance lourde de ces dernières années se confirme : le GNL poursuit sa montée en puissance. Sur les neuf premiers mois de 2025, il a représenté près de 67 % des importations espagnoles (184,79 TWh), contre 61,42 % en 2024. La flexibilité du gaz liquéfié séduit, surtout dans un contexte géopolitique incertain où la diversification des sources est plus que jamais une assurance-vie énergétique.
Classement des fournisseurs : l’heure du bilan
Derrière les deux géants, la Russie accuse le coup avec une chute marquée (31,64 TWh, soit 11,5 %, contre 42,6 TWh en 2024). Le Nigéria, lui, reprend des couleurs (22,18 TWh – 8 %), tandis que l’Angola (15,53 TWh – 5,6 %) fait un retour remarqué.
Plus loin dans le classement, la France (6,53 TWh) et le Portugal (5,61 TWh) perdent du terrain, tout comme le Pérou et le Qatar, quasiment absents du marché espagnol ces derniers mois. Les livraisons résiduelles venues de Norvège, du Congo, du Cameroun ou de Trinité-et-Tobago illustrent la diversité croissante des partenaires, même marginaux.
L’Algérie, plus qu’un simple fournisseur
Avec 78,46 TWh de gaz naturel et 13,66 TWh de GNL exportés vers l’Espagne depuis janvier, l’Algérie affiche un modèle hybride, équilibré, et toujours compétitif. Malgré une légère baisse par rapport à 2024 (94,01 TWh sur la même période), le pays reste un pilier de la sécurité énergétique espagnole — et plus largement européenne.
Un échiquier énergétique sous tension
Le marché gazier espagnol est loin d’être figé. Les lignes bougent au gré des tensions géopolitiques, des chocs d’offre, et des stratégies nationales. L’Algérie confirme son rôle de partenaire-clé, les États-Unis marquent le pas mais conservent leur influence, et de nouveaux acteurs – comme l’Égypte – rappellent que rien n’est jamais acquis. Dans cette partie d’échecs énergétique, chaque mouvement compte. Et l’hiver, lui, approche.
