L’Algérie s’impose progressivement comme une puissance régionale incontournable.
Forte de ses ressources naturelles, de sa position géographique et d’une jeunesse nombreuse, le pays engage une mue économique qui attire l’attention des investisseurs internationaux, et en particulier des États-Unis.
Un atout énergétique renforcé par la guerre en Ukraine
En effet, depuis l’éclatement de la guerre d’Ukraine en 2022, l’Algérie a vu son importance stratégique croître considérablement sur la scène européenne. C’est ce que relève Romina Bandura, chercheuse principale au Centre d’études stratégiques et internationales (CSIS) de Washington, qui s’est rendue en Algérie en mai 2026 et y a rencontré des responsables clés du gouvernement, de l’industrie et des centres de recherche.
Dans une note publiée à l’issue de cette visite sur le site de l’organisme, elle souligne qu’Alger est aujourd’hui le troisième fournisseur de gaz naturel de l’Union européenne, qui constitue en retour le premier importateur de gaz algérien. Ce positionnement énergétique, conjugué à d’importantes réserves de pétrole, de gaz et de minéraux, ainsi qu’à une main-d’œuvre qualifiée et un climat favorable, fait de l’Algérie un partenaire de choix pour les économies occidentales en quête de diversification.
Washington s’installe durablement
Les liens entre Alger et Washington se renforcent sur plusieurs fronts. Selon la note, plus de 100 entreprises américaines sont déjà présentes en Algérie, principalement dans le secteur pétrolier et gazier, faisant des États-Unis le premier investisseur étranger direct dans le pays. Occidental Petroleum y est implantée de longue date et a conclu un accord important de partage de production avec Sonatrach, la compagnie pétrolière nationale. Des sociétés de services pétroliers comme Baker Hughes et Halliburton collaborent également avec Sonatrach sur les opérations de forage, d’essais et de sismique.
La dynamique s’accélère. Le pays espère signer prochainement des accords avec Exxon et Chevron pour l’exploitation de ses importantes réserves de gaz de schiste. GE Vernova vient de s’associer à Sonelgaz pour équiper 134 sous-stations en matériel haute tension et solutions d’automatisation d’ici 2028. Plus original, la société qatarie Baladna prévoit d’importer 30.000 vaches des États-Unis vers l’Algérie, via 109 vols cargo, pour développer la filière lait en poudre. Un projet qui pourrait générer 1200 emplois côté américain et 15.000 emplois en Algérie.
Sur le plan diplomatique et sécuritaire, les deux pays ont signé en janvier 2025 un mémorandum d’entente historique sur la coopération militaire, ouvrant la voie à des discussions sur les ventes d’armements, les exercices conjoints et les échanges entre les deux armées. Le secrétaire d’État adjoint Christopher Landau s’est d’ailleurs récemment rendu dans la région pour consolider ces liens commerciaux et sécuritaires.
Des obstacles persistent
Malgré ces avancées, l’Algérie doit surmonter selon la note des défis structurels profonds. Classée parmi les pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure par la Banque mondiale avec un PIB par habitant dépassant 5000 dollars, elle affiche un faible taux de pauvreté et un niveau de développement du capital humain supérieur à ses pairs de la région MENA. Toutefois, son économie reste largement dominée par les hydrocarbures depuis leur découverte en 1956, et les entreprises publiques représentent plus de la moitié de l’économie formelle.
L’accès au financement demeure un obstacle majeur, particulièrement pour les PME. Le secteur bancaire, dominé par l’État, oriente une part importante de ses liquidités vers l’achat de titres publics, au détriment du financement privé. La Bourse d’Alger ne compte que six sociétés cotées, et la société algérienne reste largement une économie de cash, avec une finance numérique encore embryonnaire et un accès limité aux cartes de crédit.
Les investissements directs étrangers restent modestes, y compris comparés à d’autres pays producteurs de pétrole comme les Émirats arabes unis, le Qatar ou l’Arabie saoudite.
L’intégration régionale pèse également sur les perspectives de croissance. L’Afrique du Nord dans son ensemble ne capte que moins de 1 % des IDE mondiaux, malgré une population représentant environ 3,4 % de la population mondiale.
Des réformes engagées et des secteurs prometteurs
Face à ces enjeux, le pays déploie des efforts concertés pour améliorer son climat des affaires. L’Agence algérienne de promotion des investissements, créée en 2022, pilote cette stratégie de diversification. Parmi les mesures phares : l’assouplissement de la règle de participation majoritaire algérienne (51/49) pour les investisseurs étrangers dans certains secteurs, la mise en place d’une plateforme numérique unique pour simplifier les procédures d’investissement, et l’instauration d’incitations fiscales.
Au-delà des hydrocarbures, plusieurs secteurs affichent un fort potentiel : l’énergie solaire, la pharmacie, l’agriculture, l’exploitation minière et le tourisme. Sur ce dernier point, l’Algérie dispose d’un littoral aux plages immaculées et de sites archéologiques d’exception, encore largement méconnus du public international.
Une puissance régionale en construction
La note précise par ailleurs que l’Algérie possède les atouts pour s’imposer comme moteur de croissance en Afrique du Nord et au-delà : une identité à la fois méditerranéenne, arabe et africaine, une position géographique au carrefour de plusieurs marchés, et des ressources naturelles abondantes. Les relations algéro-américaines évoluent elles aussi, passant d’un partenariat essentiellement sécuritaire vers un engagement commercial et d’investissement plus substantiel. Reste désormais à transformer l’essai. Pour cela, le pays devra poursuivre ses réformes, simplifier son environnement des affaires, et mieux valoriser ses atouts comparatifs auprès des investisseurs internationaux. Le potentiel est là. La trajectoire, en cours.
