Alors que le ministère de l’Éducation nationale procède à de nouveaux réajustements pédagogiques, la diminution du temps d’enseignement de Tamazight dans le secondaire passe mal. Enseignants et acteurs du secteur dénoncent un « recul » et réclament l’arbitrage du ministre.
Le récent remaniement des volumes horaires dans le système éducatif algérien continue de faire vagues. Si le renforcement de la langue anglaise et les ajustements au primaire font couler beaucoup d’encre, c’est une tout autre mesure qui alerte le corps professoral : la baisse de l’horaire hebdomadaire réservé à Tamazight dans plusieurs filières du secondaire.
Passant de trois à deux heures par semaine, cet enseignement se retrouve, selon les enseignants, amputé d’un temps précieux garantissant son efficacité pédagogique.
Une « injustice pédagogique » dénoncée dans une lettre ouverte
Face à ce qu’ils considèrent comme une décision dommageable, la réaction des enseignants ne s’est pas fait attendre. Djamal Ikhloufi, figure pionnière de l’enseignement de la langue amazighe, a adressé une lettre ouverte au ministre de l’Éducation nationale, Mohamed Seghir Saâdaoui.
Dans ce plaidoyer, l’enseignant rappelle que les trois heures hebdomadaires — instituées à la suite du boycott scolaire de 1995 et consolidées par la loi d’orientation de 2008 — étaient déjà jugées insuffisantes pour dispenser un apprentissage rigoureux d’une langue statutairement nationale et officielle.
Selon M. Ikhloufi, ramener ce volume à deux heures risque d’avoir des répercussions directes sur les élèves et sur l’institution :
- La fragilisation des acquis : vider l’enseignement de sa substance et fragiliser des décennies de combats pédagogiques et institutionnels.
- Un signal négatif : envoyer un message contradictoire quant au statut et à la place accordés à l’identité amazighe au sein de l’école de la République.
Face à ce constat, le signataire appelle à une intervention urgente de la tutelle pour rétablir sans condition le volume initial de trois heures.
Le spectre du caractère facultatif et de la généralisation en berne
Sur le terrain, la déception est tout aussi vive. Alors que la corporation espérait des avancées concrètes vers la généralisation de l’enseignement de Tamazight à l’ensemble du territoire national et la fin de son statut facultatif, cette décision est perçue comme un coup de frein brutal.
« Au moment où nous attendions une officialisation pleine et entière sur le terrain, nous assistons à un nouveau recul. Pendant que des langues étrangères bénéficient d’un renforcement stratégique, Tamazight perd du terrain. C’est un coup fatal porté à sa généralisation », déplore un enseignant du secondaire.
Trente ans après son introduction dans les salles de classe, l’enseignement de la langue amazighe se retrouve une nouvelle fois au cœur des débats sur les choix stratégiques de l’école algérienne. Les professionnels du secteur demandent aujourd’hui aux hautes autorités un signal fort pour consacrer pleinement son statut constitutionnel au côté de la langue arabe.
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