Le tribunal correctionnel de Dar El Beïda a tranché ce mercredi 16 septembre 2026, dans l’un des scandales de corruption aéroportuaire les plus retentissants de ces derniers mois, impliquant des policiers.
Au cœur de cette filière de contrebande transnationale reliant Alger à Istanbul : des fonctionnaires de police corrompus qui utilisaient leurs badges et leurs accès sécurisés pour faire transiter des lingots d’or sans éveiller les soupçons.
Le verdict est tombé avec une sévérité exemplaire, infligeant de lourdes peines de prison ferme et des millions de dinars d’amendes aux principaux instigateurs.
Des fonctionnaires de l’aérogare au service des contrebandiers
La justice a frappé fort contre la trahison du devoir de réserve et de surveillance. Trois prévenus ont écopé de la peine maximale : 10 ans de prison ferme et une amende de 5 millions de dinars chacun. Parmi eux figurent deux policiers ripoux — un brigadier et un agent en poste au sein même du terminal de l’aéroport international Houari Boumediene — ainsi que la cheville ouvrière civile du réseau.
L’enquête a mis en lumière la mécanique interne du complot. Le brigadier n’était autre que le neveu de l’un des cerveaux du trafic. Cette alliance familiale et logistique garantissait l’impunité lors des contrôles frontaliers :
- Financement et refonte : Les fonds avancés permettaient d’acheter de l’or d’occasion sur le marché parallèle local, refondu clandestinement dans un atelier de Blida sous forme de barres artisanales.
- Passage sous escorte : Grâce aux badges et à la présence physique du policier dans l’enceinte de l’aérogare, les passeurs franchissaient les filtres de sécurité sans encombre.
- Voyages en famille : Lors d’une opération précédente, l’oncle avait réussi à faire passer près de 6 kg d’or dissimulés dans ses chaussures et une ceinture orthopédique lors d’un vol avec leurs épouses, sans subir la moindre vérification.
- Rétrocommissions : Les gains générés par la revente finale des parures manufacturées profitaient directement au fonctionnaire de police.
Réseau de joailliers de Blida : l’éventail des condamnations
L’affaire impliquait douze accusés au total, majoritairement des artisans bijoutiers établis dans la wilaya de Blida. Le tribunal a établi des peines proportionnelles au degré d’implication de chaque artisan dans ce circuit clandestin.
| Profil des prévenus | Peine de prison | Amende individuelle | Rôle principal |
|---|---|---|---|
| 2 policiers de l’aéroport + 1 organisateur | 10 ans ferme | 5 000 000 DZD | Facilitation sécuritaire, logistique et passage |
| 3 bijoutiers de Blida | 8 ans ferme | 2 000 000 DZD | Commanditaires et fournisseurs d’or |
| 2 joailliers | 5 ans ferme | 1 000 000 DZD | Intermédiaires financiers et logistiques |
| 1 prévenu | 2 ans ferme | 500 000 DZD | Rôle secondaire dans la chaîne d’écoulement |
| 3 prévenus | Acquittement | Néant | Déclarés non coupables |
En complément des amendes pénales, les personnes reconnues coupables devront verser solidairement la somme d’un million de dinars de dommages et intérêts au profit du Trésor public, constitué partie civile.
Le flagrant délit du 19 février : anatomie d’une interpellation
Le réseau a été mis hors d’état de nuire le 19 février 2025 vers 17h30. Ce jour-là, B. Réda, négociant à Blida, s’apprêtait à embarquer sur un vol commercial à destination de la Turquie.
Une fouille corporelle approfondie a permis de découvrir 14 barres d’or brut sans aucun poinçon réglementaire. L’or était réparti sur son corps avec une précision chirurgicale : dissimulé dans ses sous-vêtements, logé dans la semelle de ses baskets et maintenu par une gaine élastique plaquée à la taille.
Le voyageur transportait également un important stock de devises étrangères non déclarées, comprenant plus de 10 000 euros ainsi que des billets britanniques, égyptiens, saoudiens, émiratis et turcs. Les interrogatoires ont rapidement confirmé que ce passage n’était pas un coup d’essai, mais le maillon d’une longue série d’exportations illicites d’or.
Istanbul, Tunisie, Libye : la boucle du blanchiment d’or
L’enquête judiciaire a reconstitué l’intégralité du circuit économique emprunté par les trafiquants. Le schéma reposait sur une double évasion : fuite de métaux précieux d’un côté, importation clandestine de produits finis de l’autre.
- La transformation en Turquie : Une fois débarqué à Istanbul, l’or brut était confié à des ateliers spécialisés, souvent sous pavillon d’opérateurs turcs, pour être transformé en bijoux et parures finies.
- Le contournement douanier par le Maghreb : Pour réintroduire la marchandise en Algérie sans payer de droits de douane ni déclarer la valeur marchande, le réseau empruntait les voies terrestres poreuses via les frontières tunisienne et libyenne.
- La livraison finale à moto : Des relais motorisés non identifiés prenaient en charge les colis de bijoux à leur arrivée sur le sol national, les acheminant directement jusqu’au quartier de Bab El Oued à Alger pour approvisionner les vitrines de l’Algérois et de la Mitidja.
Les déclarations du principal passeur font état de commissions lucratives : 40 millions de centimes pour convoyer 2 kg d’or, 30 millions pour un lot de 1 300 g et 35 millions pour d’autres livraisons. Ce démantèlement met un coup d’arrêt à une route de contrebande hautement lucrative qui prospérait grâce à la vénalité d’agents publics censés protéger les frontières de l’État.
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