Face aux ruptures répétées des médicaments dans les pharmacies algériennes, le gouvernement multiplie les dispositifs de surveillance. Mais les perturbations, elles, persistent.
Ainsi, la scène est devenue tristement familière dans les officines algériennes : un patient tend son ordonnance, et le pharmacien secoue la tête. Le médicament est introuvable. «Pas aujourd’hui, peut-être pas demain», rétorque le pharmacien d’un ton désabusé. Cette réalité quotidienne, vécue par des milliers de citoyens, a contraint le ministère de l’Industrie pharmaceutique à convoquer en urgence les opérateurs du secteur pour tenter d’endiguer une crise de distribution qui s’étire depuis des années.
Des ruptures qui révèlent les failles d’une filière sensible
En effet, Le ministre Ouacim Kouidri a réuni récemment producteurs, importateurs, distributeurs et représentants des pharmacies pour marteler un message qui en dit long sur l’état du secteur : approvisionner régulièrement le marché national en médicaments est désormais une priorité absolue. Que cette déclaration soit nécessaire en 2025 illustre à elle seule l’ampleur du problème.
Car derrière le langage diplomatique des communiqués officiels se cache une réalité bien connue des Algériens : des tensions récurrentes sur de nombreuses spécialités, des chaînes logistiques défaillantes, et une coordination insuffisante entre les maillons de la filière. Producteurs, grossistes répartiteurs et pharmaciens évoluent trop souvent en silos, sans visibilité commune sur les stocks disponibles — terreau idéal pour les pénuries.
Un système numérique de traçabilité, mais trop récent pour rassurer
Pour tenter de reprendre le contrôle, les autorités misent sur un système d’information de suivi en temps réel de l’approvisionnement, récemment déployé. Le dispositif impose désormais aux fabricants et importateurs de déclarer chaque semaine leurs niveaux de stock à l’Agence nationale des produits pharmaceutiques (ANPP), tandis que les grossistes effectuent des déclarations mensuelles.
Une cellule de surveillance quotidienne a également été mise en place pour détecter les déséquilibres avant qu’ils ne dégénèrent en rupture franche. Et depuis septembre dernier, un Observatoire de veille pour la disponibilité des médicaments — associant plusieurs ministères et organismes sécuritaires — est censé anticiper les crises avant qu’elles n’éclatent.
La mobilisation est impressionnante sur le papier : ministère de la Défense, Gendarmerie nationale, DGSI, Office national des statistiques… Autant d’acteurs impliqués qui témoignent du caractère hautement stratégique du dossier médicament en Algérie.
La confiance des patients, grande perdante des dysfonctionnements
Le problème est que ces outils, aussi modernes soient-ils, arrivent après des années de sous-pilotage d’une filière pourtant vitale. Pour le patient diabétique qui ne trouve plus sa metformine, pour la mère qui fait le tour des pharmacies avec l’ordonnance de son enfant, les annonces institutionnelles ne compensent pas les étagères vides.
La pénurie de médicaments n’est pas qu’un problème logistique : c’est une atteinte directe à la santé publique et un facteur d’érosion de la confiance dans le système sanitaire national. Chaque rupture non anticipée pousse certains patients à recourir à des circuits parallèles, à interrompre leur traitement, voire à se tourner vers des produits non contrôlés.
Transformation structurelle ou effet d’annonce ?
Le gouvernement parle désormais de transformation structurelle du secteur pharmaceutique. L’ambition est réelle, les outils se mettent en place. Mais la question que se posent les professionnels de santé et les patients reste entière : ces mécanismes de surveillance suffiront-ils à garantir un accès permanent aux traitements, ou ne feront-ils que mieux documenter des pénuries qui continueront malgré tout ? La réponse viendra des pharmacies. Pas des communiqués.
