Mme Alice Rufo, ministre déléguée auprès de la ministre française des Armées et des Anciens combattants, était ce vendredi 8 mai 2026 à Sétif, dans le des commémorations du 81e anniversaire des massacres du 8 mai 1945.
Ainsi, l’officielle française dépêchée par l’Élysée pour l’occasion, a reconnu le caractère «tragique» des massacres de Sétif, Guelma et Kherrata, appelant à affronter cette page sombre de l’histoire avec « courage et vérité ». Une déclaration qui s’inscrit dans la dynamique de rapprochement mémoriel entre Alger et Paris.
« La France célébrait, pendant que Sétif brûlait »
En effet, c’est un aveu historique rare prononcé sur le sol algérien. Lors de sa visite à Sétif, Alice Rufo a reconnu publiquement le paradoxe douloureux du 8 mai 1945 : le jour même où la France fêtait la victoire contre le nazisme, les populations de Sétif, Guelma et Kherrata subissaient une répression sanglante aux mains de l’armée coloniale française. « La France célébrait alors la victoire contre la barbarie, tandis que, dans le même temps, Sétif, Guelma et Kherrata vivaient des événements tragiques », a-t-elle déclaré — une formulation qui tranche avec le silence officiel longtemps observé par Paris sur ce chapitre.
Un appel au «courage mémoriel»
Dans la foulée, la responsable française a insisté sur la nécessité d’un regard lucide et sans détour sur l’histoire coloniale : « Faire preuve de courage pour regarder l’histoire telle qu’elle s’est réellement déroulée, dans toute sa vérité, est indispensable, tout en respectant toutes les mémoires. » Cette déclaration, prononcée à Sétif — épicentre symbolique du massacre — prend une dimension particulière à l’approche du 80e anniversaire des événements du 8 mai 1945.
Dans le sillage de la volonté d’Élysée
Alice Rufo a précisé que cette démarche s’inscrit dans la volonté du président Emmanuel Macron de « poursuivre un travail sincère et responsable sur l’histoire ». Un signal politique clair, alors que les relations algéro-françaises traversent une période de tensions diplomatiques persistantes depuis plusieurs années.
La question mémorielle reste l’un des principaux nœuds du dialogue entre Alger et Paris : l’Algérie attend depuis longtemps une reconnaissance officielle et des excuses formelles pour les crimes coloniaux, quand la France avance prudemment, entre impératifs politiques internes et nécessité de normalisation bilatérale.
Un geste symbolique fort, mais insuffisant pour Alger ?
Si la visite de Sétif constitue un geste symbolique notable, la question de savoir si Paris franchira le pas d’une reconnaissance pleine et entière des massacres du 8 mai 1945 reste entière. L’Algérie commémore chaque année cette date comme un moment fondateur de sa conscience nationale — plus de 45 000 Algériens auraient été tués selon les estimations algériennes.
Le chemin vers une réconciliation mémorielle complète entre les deux pays reste long, mais les mots prononcés à Sétif ce vendredi marquent, à minima, une étape dans cette direction.
