Quelques mois après avoir affiché une unité ferme face aux ambitions de l’émirati TAQA sur Naturgy, l’axe Algérie–Espagne franchit une nouvelle étape stratégique.
Cette fois, c’est le levier financier qui est activé : Madrid autorise CaixaBank à jouer un rôle central dans les négociations énergétiques avec Alger.
Une continuité stratégique après le front Sonatrach–Naturgy
Fin avril 2025, la rencontre entre Sonatrach et Naturgy avait déjà envoyé un signal clair : les deux partenaires entendaient préserver une relation jugée « historique et exceptionnelle », tout en bloquant toute tentative de prise de contrôle extérieure.
Dans ce contexte, l’échec de l’offensive de TAQA n’était pas seulement économique, mais aussi géopolitique. Alger avait clairement fait comprendre qu’un changement d’actionnariat pourrait remettre en cause ses engagements gaziers envers Madrid — un levier de pression considérable alors que l’Algérie reste un fournisseur clé de l’Espagne.
CaixaBank, nouvel instrument d’influence énergétique
Aujourd’hui, le gouvernement de Pedro Sánchez passe à l’étape suivante. En s’appuyant sur CaixaBank — dont près de 20 % du capital est détenu par l’État — Madrid se dote d’un outil financier pour peser directement sur les futurs accords énergétiques avec Alger.
L’objectif est double :
● sécuriser les approvisionnements en gaz et pétrole, dans un contexte international instable
● influencer la recomposition du capital de Naturgy, notamment après le retrait annoncé de certains fonds internationaux
La manœuvre inclut également CriteriaCaixa, principal actionnaire de Naturgy, qui pourrait renforcer son poids aux côtés de Sonatrach.
L’Algérie au cœur du jeu énergétique espagnol
Les chiffres confirment cette dépendance stratégique : l’Algérie fournit environ 40 % du gaz consommé en Espagne, notamment via le gazoduc Medgaz. Un atout majeur qui place Alger en position de force dans toute négociation. Dans un contexte marqué par les tensions internationales — notamment autour du détroit d’Ormuz et des routes énergétiques mondiales — l’Espagne cherche à diversifier ses sources tout en consolidant ses partenariats les plus fiables.
Une recomposition imminente chez Naturgy
Les changements à venir dans l’actionnariat de Naturgy ouvrent la voie à un possible renforcement de Sonatrach, qui détient déjà une participation dans le groupe.
La cession potentielle de parts par des fonds comme BlackRock pourrait redistribuer les cartes.
En parallèle, d’autres acteurs financiers internationaux — comme BlackRock ou Vanguard — restent en embuscade, illustrant l’importance stratégique de Naturgy sur l’échiquier énergétique européen.
Entre énergie et diplomatie
Au-delà des considérations économiques, cette dynamique révèle une réalité plus large : l’énergie est devenue un outil diplomatique majeur. L’Espagne cherche à maintenir un équilibre délicat entre ses alliances occidentales et son partenariat stratégique avec l’Algérie, dans un contexte marqué par les tensions au Moyen-Orient.
En consolidant le triangle CaixaBank–Criteria–Naturgy, Madrid envoie un message clair : la sécurité énergétique passe désormais autant par la finance que par les pipelines.
Et dans ce jeu d’influence, Alger confirme plus que jamais son statut d’acteur incontournable.
